Insécurité au Sahel : Issoufou, le problème pour la solution

La situation sécuritaire au Sahel est des plus préoccupante. Elle dégénère au point aujourd’hui d’alerter les pays frontaliers et de la côte de plus en plus inquiets quant à la dégradation future presque inévitable de l’insécurité avec déjà le Benin qui fait face à ses premières attaques qui doivent beaucoup préoccuper dans le pays de Patrice Talon. La situation est d’autant préoccupante que depuis près de dix ans que des forces étrangères sont venues en appui aux armées nationales dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ambiant au Sahel, rien de semble changer, du moins positivement, et l’on assiste presque impuissant, à une dégradation continue de la situation avec des armées éprouvées et des populations vivant l’abandon d’un Etat désormais défaillant, vivant les affres de l’insécurité avec ses corollaires de déplacements forcés, d’écoles fermées, de famines terribles programmées.

Cette situation a ramené au goût du jour, la pertinence de la présence militaire étrangère qui, nonobstant ses moyens immenses que l’on dit hyper-performants et ses soldats d’élite, ne peut rien changer à la donne, laissant les forces terroristes occuper du terrain, harcelant désormais les populations civiles acculée à l’exil lorsqu’il est désormais devenu impossible de vivre là, si souvent, les terroristes ne les somment de quitter les lieux pour libérer l’espace, on ne sait pour quel autre agenda. Pour certains analystes, face à une situation qui dégénère, avec au quotidien, des attaques perpétrées ici et là sur de paisibles citoyens, dans les villages et sur les routes, quel peut être le moyen le plus efficace pour anéantir la menace au Sahel avec aujourd’hui, des pays tentés de nouer de nouvelles alliances militaires avec de nouveaux partenaires, alliances qui ne sont pas du goût de Paris et qui fâchent Emmanuel Macron qui continue de regarder l’Afrique comme une île de la France, comme des colonies surtout qui ne sauront s’émanciper de son influence.


On sait qu’Issoufou pendant longtemps, sans être jamais écouté appelait de tous ses voeux que l’intervention militaire au Sahel soit placée sous le chapitre 7 des Nations-Unies, une manière de donner une légitimité internationale à l’occupation militaire sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, sachant bien que quand même ces troupes internationales sont bien là depuis des années, elles ne peuvent rassurer et donner des résultats tangibles sur le terrain de la guerre où ne se verse que le sang de Sahéliens désespérés. Que pourrait cacher cet entêtement de l’ex-président nigérien à vouloir coûte que coûte offrir son pays à l’impérialisme occidental, choix qui montre bien qu’il n’a aucune solution pour le problème pour vouloir sous-traiter notre sécurité, parcelle inviolable de notre souveraineté qu’il peut lui, tout socialiste qu’il est, « vendre » à la puissance impérialiste. Il est désormais admis, pour nombre d’africains et de Sahéliens en particulier qu’il y a à compter plus sur soi que sur ces armées étrangères sournoises pour espérer trouver une solution définitive au problème. C’est ainsi qu’une vague d’indignation s’était manifestée dans les peuples du Sahel, un sentiment de déception que l’on a souvent abusivement appelé « sentiment anti-français » quand le problème est moins avec les Français mais plus avec une politique française très en déphasage avec nos réalités et nos besoins. Lorsque la France peut croire qu’elle connait mieux que nous nos problèmes pour vouloir les régler à notre place et à sa manière et souvent avec des partenaires sahéliens qui n’ont aucun ancrage dans les peuples, il est clair qu’elle ne peut qu’échouer et le drame n’est pas tant d’échouer mais de ne pas avoir le courage de reconnaitre ses erreurs, et de changer de paradigmes. En persistant dans l’erreur, la situation ne peut que se complexifier pour échapper, si l’on n’y fait pas attention, à tout contrôle. La France doit enfin ouvrir les yeux.

Une première erreur grossière…

Pourquoi venant au Niger, Antonio Guterres, rend cette visite à un ancien président quant pourtant, dans le pays, il n’est pas le seul ancien président en vie pour mériter cette faveur qui en dit long sur la complexité du regard étriqué que porte la géopolitique internationale sur la problème du Sahel, regard qui, on s’en doute, sert un agenda qu’on l’on finira par découvrir hélas quand il sera tard, lorsque, de manière plus visionnaire et responsable, les peuples, ne se décideront pas à prendre en main leur destin de peuples libérés qu’on revient recoloniser. Peut-il d’ailleurs savoir à quel point le privilège de cette visite qui serait pour les Nigériens imméritée pourrait avoir choqué une large opinion dans le pays car elle vient presque corroborer l’idée selon laquelle, le Niger aurait deux présidents, et surtout qu’en réalité, Issoufou ne serait jamais parti du pouvoir et qu’il ne se sert que de ce qui serait son avatar pour continuer à régner sur le pays. Déjà, sur un tel point, Guterres ne pouvait pas rassurer les Nigériens qui voient en lui, un autre qui vient légitimer ce bicéphalisme proscrit sinon que de continuer à imposer à un peuple, un homme qui reste, quoiqu’on dise, le plus impopulaire, celui qu’il aura le plus rejeté. Mais alors, s’il croit que si Issoufou est si indispensable et si fort, pourquoi ne lui avoir pas laissé sa place surtout quand on sait qu’à un moment, sortant du pouvoir après ses deux mandats, il brillait d’occuper cette place prestigieuse à l’international ? N’est-ce pas la meilleure reconnaissance que la Communauté Internationale aurait pu lui faire ? Peut-il aussi comprendre qu’en ignorant Salou Djibo et Mahamane Ousmane, autres anciens présidents, il a choisi de marcher sur les douloureuses plaies d’un pays et accentuer davantage les malaises qui s’y renforcent ? Mais ce n’est pas tout.
Désigné – le mot est sans doute le plus juste – Issoufou Mahamadou comme président du « Panel de haut niveau sur la sécurité et le développement au Sahel », Antonio Guterres fait pour le Sahel autant que pour les Nations-Unies le pire des choix. Et sur un tel autre choix sui met à nu le sentimentalisme des Occidentaux sur les choix des hommes qui n’obéit à aucun critère de compétence si ce n’est leurs accointances et leurs relations incestueuses, l’on ne peut que douter encore davantage de l’engagement tardif de Guterres au Sahel. Au Niger, en vérité, Issoufou n’est pas le messie qu’on veut faire croire. Il n’y avait qu’à écouter le peuple.
D’abord parce que pour les Nigériens, l’homme reste celui qui, n’ayant pas été capable de protéger leurs frontières et de leur assurer leur sécurité alors qu’il héritait d’un pays qui allait bien en 2011 quand il prenait les commandes du pays, a laissé la situation se dégrader alors même qu’il se donnait de faux muscles d’un Rambo tropical. Dix ans après, quand il le rend à un autre dans des conditions assez troubles, c’est un pays dont des pans entiers du territoire sont ravagés par le terrorisme qu’on voit avec des défis sécuritaires immenses pour lesquels, légitimement, les Nigériens rêvaient de changement et votaient, justement, une alternance qu’il finit par braquer pour remettre le pouvoir à celui qu’il imposa d’abord à son parti puis au Niger à la suite d’élections tropicalisées, pour se protéger de sa mal gouvernance, de loin la plus désastreuse de l’Histoire du pays. Il ne faut donc pas oublier qu’Issoufou reste celui qui aura mal gouverné le Niger comme aucun dirigeant ne l’aura fait et que pour une telle raison, sensément, l’on ne saurait attendre de meilleures solutions de sa part. En tout cas pour un tel problème pour lequel il est aussi un problème.

Sur le plan de la sécurité, c’est avec lui qu’elle est venue et qu’elle s’est aggravée. Pour les Nigériens, il n’a aucune réponse à cela, et donc aucune expertise avérée pour protéger le pays et prétendre trouver la meilleure réponse pour le Sahel. L’homme n’a que des discours qui plaisent à certains milieux occidentaux mais, au-delà de cela, l’on ne saurait rien attendre de lui. Son système s’est d’ailleurs employé à s’enrichir en se servant de la guerre qu’à conforter une armée dans sa mission. Il aura remis le pays en l’état où on le lui a donné à son entrée en fonction, les Nigériens auront cru qu’il aura été capable de les protéger. Mais avec ce que les populations et les FDS ont vécu, pendant huit ans, personne ne peut croire à sa prétendue expertise dans le domaine de la sécurité.

Quant au développement – un autre volet du haut panel – quand on tient compte de la prédation exercée sur les deniers publics en son temps, personne ne peut à cet autre niveau croire qu’il puisse être capable du meilleur. Les plus gros scandales n’ont été commis et connus, depuis plus de soixante ans d’indépendance que sous son règne de dix années de pillage et de vol. N’est-ce pas lui d’ailleurs qui a, en dix années de socialisme, maintenu le pays dernier de la planète ? Et allez demander à Mahamane Ousmane, pourquoi, en dix ans, sous Issoufou, le Niger est resté continuellement dernier ! Issoufou qui n’a pas pu développer son pays ne peut donc pas aider le Sahel à se développer. C’est une question de bon sens, Messieurs des Nations-Unies ! Issoufou, le problème…

D’abord pour les Nigériens, sans que jamais Boko Haram, ne s’intéresse au Niger, c’est lui qui, dans ses envolées lyriques et belliqueuses incontrôlées, poussa la nébuleuse à s’intéresser au Niger qu’elle finit par viser et par détruire sur sa zone du pourtour du lac-Tchad devenu alors invivable pour les populations qui finirent par déserter les lieux. Puis, laissant des gens voler à l’armée ses budgets pour s’enrichir, à Tillabéri et dans certaines parties de Tahoua, ce fut l’hécatombe. Et depuis des années, plus de six cents écoles sont fermées dans la seule région de Tillabéri, rendant compte de la gravité de la situation sécuritaire qu’il laisse en héritage au Philosophe. Cet homme qui continue à user de son influence auprès de « son » nouveau président pour empêcher que ceux qui ont « bouffé » l’argent de l’armée ne rende compte au peuple, et que Guterres vient choisir comme solution au problème, est loin de faire l’unanimité. Personne, ici ou ailleurs, ne le croit. Parce que l’homme n’est pas la bonne personne pour une telle mission, mais aussi parce qu’il ne saurait faire l’unanimité même au Sahel où l’homme pourrait manquer d’entrée. Au Mali, au Burkina, en Guinée, sans doute qu’il ne jouirait pas d’une bonne presse pour jouer le rôle pour lequel, les nations-Unies, viennent l’imposer comme solution alors qu’il en est aussi et surtout un problème.

Beaucoup de Nigériens, pour une raison ou pour une autre, n’avaient pas aimé Bazoum Mohamed comme président, mais la vérité est qu’ils peuvent mieux s’entendre atour de lui qu’ils ne le puissent autour d’Issoufou Mahamadou. On comprend donc que ce choix de Guterres dérange et inquiète les Nigériens et les sahéliens sur ce que devra être la suite du terrorisme au Sahel, ont de bonnes raisons de s’inquiéter.

Avec l’homme de Guterres, le Sahel est encore parti pour se perdre. Mais on peut encore compter sur les peuples et leurs sociétés civiles pour enfin relever la tête ? Pour notre dignité. Et pour l’Histoire.


Pr Waz-Za

Like what you see?

Hit the buttons below to follow us, you won't regret it...