Terrorisme au Niger : La menace avance et nous nous taisons !

Depuis quelques années, le Sahel fait face à une insécurité grandissante qui a largement éprouvé les différents gouvernements aujourd’hui à bout de souffle et en mal de stratégies pour avoir la maitrise de leur espace de plus en plus envahi et contrôlé par les forces du mal. Le Sahel vit les moments les plus tragiques et les plus chaotiques de son histoire. Depuis quelques mois, les choses vont de mal en pis, la situation se complexifiant au point d’inquiéter des peuples qui ne croient plus à la capacité de leurs gouvernants à les protéger, à assurer leur sécurité et ce même lorsque, conscients de leur incapacité à gouverner et à protéger, ils peuvent se faire aider de troupes militaires étrangères de plus en plus inefficaces. Bazoum lui-même n’en doutait-il pas quand, il y a quelques jours, se confiant à un média français, il demandait aux troupes étrangères occidentales de s’engager plus honnêtement jusqu’à consentir, s’il le faut, autant pour nous que pour eux, le sacrifice ultime.

Ce qui nous arrive était prévisible depuis que, à l’arrivée des socialistes, l’on a assisté à une dégradation avancée de la situation sécuritaire et dans tout le Sahel des dirigeants illégitimes, mal élus, en tout cas peu aimés des peuples car imposés par l’impérialisme français qui se sert de ces hommes comme des laquais à sa solde.

Des armées déstructurées…

La peur du coup d’Etat a poussé des acteurs peu confiants en la démocratie à déstructurer les armées, à confier souvent la responsabilité militaire à une hiérarchie fabriquée et incompétente dans bien de cas, si bien que sur le front, par les stratégies mises en oeuvre, les revers se sont succédé au point qu’on ne pouvait plus reconnaitre nos soldats pourtant si braves et parmi les meilleurs du continent il y a quelques années. Alors que certains, pour donner leur vision d’une armée nationale, et fonder leur politique militaire, pouvaient parler « d’officiers ethnisites » d’autres, pour leur confort, peuvent oublier celui des soldats engagés dans le conflit, sacrifiant leurs vies, pour se servir d’eux et de la guerre qu’on leur imposait pour s’enrichir. De tels regards sur la gestion des armées ne pouvaient alors que conduire aux catastrophes que l’on a connues et depuis, les armées nationales, dans beaucoup de  pays, sont fragmentés et fragilisées. Au Niger, en plus de ces regards sectaires et de la gestion prébendière de la guerre, les gouvernants ont souvent joué à saper à l’armée le moral dont elle a besoin pour être si forte en accusant périodiquement des soldats, et notamment des militaires de haut rang et de grande valeur de fomenter des coups d’Etat. Et ils se servaient de telles accusations pour les mettre aux arrêts et après des condamnations étonnantes, et à la fin pour des incarcérations qui répondent d’un plan machiavélique. Il y en a qui sont même radiés des effectifs de l’armée pour s’assurer qu’une menace potentielle est ainsi définitivement anéantie. Dans le pays, on ne se rappelle plus de combien de coups d’Etat les socialistes auraient été menacés et annoncés pour justifier des liquidations politiques et cette situation a semé une psychose au sein de la grande muette qui ne pouvait plus avoir le moral pour afin d’être forte pour le combat que le contexte lui impose. Comment par exemple ne pas avoir pitié de ces gardes et de ces policiers qui, lorsque le président sort, sont dans le jalonnement, les mains nues, ne pouvant avoir les moyens de se défendre, même lorsque, par malchance, quelques surprises arrivaient, les seuls pouvant porter des armes étant les gardes présidentiels chouchoutés par un régime tragiquement peureux. On a même vu en d’autres temps, et dans certains cas cela continue toujours, des soldats désarmés tant qu’ils devront traverser pour rentrer dans la ville de Niamey, ou même lorsqu’ils doivent partir au front, sortant de la capitale. Une histoire de Lions (Zaki) qui fait sourire les Nigériens qui ont fini par découvrir des couards.

Aujourd’hui, dans tout le Sahel, ces armées sont débordées par la menace terroriste et l’on ne fait que s’enliser. Curieusement d’ailleurs, c’est le Mali seul, malgré le désastre que les mauvaises langues lui prédident, qui semble s’en sortir mieux, depuis qu’avec courage il divorçait avec la France pour s’allier avec la Russie qui l’accompagne depuis quelques mois dans la lutte contre le terrorisme. La situation ne fait que s’empirer au Sahel et depuis que le Mali a choisi courageusement de prendre ses responsabilités, l’on peut voir des partenaires se désengager au Sahel, ne pouvant accepter de se compromettre dans le jeu trouble d’une France que les Sahéliens ne peuvent comprendre dans son alliance militaire qui ne peut permettre d’avoir une maitrise de la situation et de triompher sur des terroristes qui opèrent à motos.

Mais ce qui est le plus choquant et le plus déroutant, c’est le vaste silence qui entoure le drame dans une société où plus personne ne sait parler du mal. Même la société civile si bavarde en certains moments sur la question, ne peut plus se faire entendre et elle se complait, peut-être pour avoir connu le bagne, dans un mutisme assourdissant. Mais alors, jusqu’à quand peut-on continuer à se taire face à tant de tragédies qui constituent, face à l’ampleur des attaques, une menace sérieuse pour l’existence même des Etats ?

Il y a quelques jours, le journal Français, La Croix, abordait la question, rendant compte de la situation préoccupante qui se vit au sahel et notamment au Niger où, un certain discours politique fait croire que tout serait sous contrôle et surtout qu’il n’y aurait pas à s’inquiéter dans le pays, appelant toujours, mais sans convaincre, des populations, à regagner leurs villages qu’elles désertaient du fait de l’insécurité. C’est dans un article paru sous la plume de Laurent Larcher intitulé « «Nous tenons pour nos enfants» : entre bandits et djihadistes, l’ouest du Niger tremble » que le journal informe sur la gravité de la situation sécuritaire au Niger où l’ambiance politique n’arrange rien à la situation notamment avec tant de malaises et de colères qui se vivent dans le pays.

On peut se rappeler que le discours qu’on entend dans le pays comme pour montrer que tout se passerait bien est de dire qu’il n’y aurait pas de bases de terroristes installées dans le pays et qu’aucun terroriste n’occupe une portion de terre sur le territoire national. Ce discours est désormais caduc et avec ce que peuvent rapporter les réseaux sociaux par les informations recueillies auprès des populations victimes, ainsi que le rapporte La Croix, l’on sait désormais que le pays, dans certaines parties, est bien occupé. En effet, l’on peut apprendre par ce journal une information qu’aucun officiel n’a encore démentie et qui apprend que « De plus en plus de zones passent sous le contrôle des groupes armés » qui deviennent les maîtres des lieux, eux qui peuvent chasser des populations de leurs terroirs, « […] affrontant la colère des éléments et la férocité des hommes ». C’est à la rencontre d’un déplacé qu’interroge le journal que l’on apprend tout le drame qui se vit dans la partie ouest du pays. Zakou Karimou, venant du village d’Adalabed, commune de Banibangou, département de Ouallam d’où l’a chassé la violence terroriste pour trouver refuge à Niamey, ne peut se détacher du cauchemar. Ainsi dira La Croix, « […] il raconte les horreurs traversées par sa communauté dont il est le fragile et vibrant porte-parole ».

Les populations n’ont pas d’autres choix que de partir surtout quand, de l’aveu de l’interlocuteur du journal français que nous citons, l’on apprend que « Même si nos militaires stationnaient à deux ou trois kilomètres, ils ne se seraient pas déplacés pour nous défendre ». Dans une telle situation, la parole du président nigérien qui demande à des déplacés de repartir, peut-elle être entendue, peut-elle rassurer et ce d’autant plus que Zakou le dit en face de « […] sa communauté qui ne le contredit pas » ?

Situation gravissime…

Ces populations déjà éprouvées par les affres de la sécheresse, les dérèglements climatiques, par une pauvreté endémique, ne peuvent que vivre l’enfer, lorsqu’on tue sans discernement, lorsqu’on brutalise des innocents, lorsqu’on détruit des réserves alimentaires, et qu’on ferme les écoles. C’est pourquoi, Zakou déplore que « leurs troupeaux [aient] fondu comme neige au soleil ». Derrière, ces populations désormais condamnées à l’errance, les souvenirs des atrocités vécues sont encore vivaces ainsi que le rappelle l’homme d’Adalabed :« Et ils nous ont attaqués, ils nous ont pillés, ils ont pris tout ce qui restait de bétail, volé nos stocks, tué 69 personnes, les hommes et les garçons ». Allez-y savoir pourquoi des femmes pouvaient être, dans certains cas, épargnées par la barbarie de ces hommes sans foi ni loi.

Le pire est peut-être même à venir quand ont peut voir à quel rythme les terroristes occupent du terrain, semant la terreur et la désolation dans la région. Daech est là dans la jungle sahélienne et comme le fait remarquer le journal français, La Croix, « […] cette nébuleuse islamiste se rapproche inexorablement et dangereusement de la capitale nigérienne, rôde même à la périphérie de la ville ». Faut-il croire ainsi que le rapporte ce journal que même la capitale n’est plus épargnée et que l’on pourrait s’attendre à tout moment aux terreurs du terrorisme, à leur violence ? On se rappelle qu’il y a quelques temps, certaines chancelleries, par des messages diffusés, conseillaient formellement à leurs ressortissants de ne pas fréquenter certains espaces de grands attroupements, redoutant dans la capitale des attaques meurtrières qui pourraient être perpétrées. Pouvons-nous, dès lors, être excusables, à regarder passifs, et à nous taire sans ouvrir le débat, sans crier le mal avant qu’il ne vienne nous surprendre dans nos lâchetés et nos fatalismes ? D’ailleurs, selon le même journal, « Aucun Occidental de type caucasien et aucune ONG ne sont autorisés à quitter la ville sans escorte militaire. La région de Niamey et Tillabéri est désormais considérée comme l’une de plus dangereuses du Niger ». Cette partie du pays est ainsi devenue le nouveau far-West, la grande jungle où il devient de plus en plus impossible de vivre.

Chienlit dans la zone…

De grands espaces dans la région de Tillabéri sont devenus des No man’s lands où règnent en maitres des bandits de grands chemins et autres terroristes qui brutalisent les populations, tuent  et pillent dans l’aveuglement. Dans presque toute la région de Tillabéri, toutes les routes font peur. Les populations ne dorment pas, vivant constamment dans l’anxiété de ne pas voir le prochain soleil se lever. Et on ne sait plus de qui doit-on avoir plus peur car, comme on peut le lire dans La Croix, « La frontière entre bandits et djihadistes est poreuse, au Niger comme dans le Sahel » et qui rend incompréhensible leur combat qui n’a officiellement aucune revendication ce d’autant qu’aucun des acteurs de la violence, à moins que celui qui a décidé de négocier avec eux – Bazoum Mohamed en l’occurrence – n’ait seul appris pourquoi ils ont choisi la voie armée pour se faire entendre et ce, sans que le peuple ne puisse l’apprendre officiellement aujourd’hui alors qu’il y a droit. En effet, on apprend que « Le nord de Tillabéri est dominé par daech. Mais on ne relève plus d’attaque depuis deux mois en raison du dialogue et de la négociation que le gouvernement a entamé avec ce groupe ».

Le gouvernement, cache-t-il des choses aux Nigériens car négocier suppose que ceux qui tuent dans la région ont des revendications, ont des « raisons » pour de recourir à cette option de la violence. Ces revendications, si elles existent, sont-elles politiques, religieuses ? Le peuple veut savoir…

Dans un tel contexte, on comprend que la dernière déclaration de certaines associations islamiques dérange, car elle se fait au mauvais moment où elle pourrait réveiller dans un pays où les graines d’un certains extrémismes sont enfouis dans les consciences, un fait majeur dont on ne peut pas tenir compte quand sait le triste souvenir que laissent aux Nigériens les vagues de mouvements anti-Charlie.

Ce regard inquiet sur la situation qui se vit dans la région de Tillabéri, après avoir été criée depuis des années par les populations et leurs leaders de la société civile sans être entendus et compris est aujourd’hui reconnu par d’autres partenaires comme étant très complexe. Rapportant les propos d’un responsable onusien à Niamey, La Croix précise que « […] la coordination des affaires humanitaires (OCHA) du Niger « […] note lui aussi, une détérioration inquiétante et rapide de la sécurité dans ce pays enclavé. Surtout dans le sud de Tillabéri où les groupes armés non étatiques occupent des départements, contrôlent les axes routiers, multiplient les attaques et les attentats à l’explosif ». Maintenant, on ne peut plus nous mentir car le journal français vient corroborer ce que les populations ont toujours martelé pour justifier qu’elles ne puissent plus vivre dans l’enfer de l’ouest nigérien. Il est désormais bien dit, contredisant le discours officiel, que « dans le sud de Tillabéri […] les groupes armés non étatiques occupent des départements, contrôlent les axes routiers, multiplient les attaques et les attentats à l’explosif ». Les terroristes prennent donc place dans la région et la cohabitation avec les populations ne peut qu’être difficile, disons impossible surtout quand l’Etat est incapable de s’affirmer et de faire régner l’autorité de l’Etat aujourd’hui en panne. Et La Croix, trop inquiète pour cette partie du pays, plaint « […] un pays qui prend de l’eau de toutes parts mais qui tient encore ». Bazoum Mohamed, sait-il vraiment l’état de faillite, disons d’effondrement, auquel son pays s’expose pour continuer de se nourrir d’illusions et de démagogies indigestes qui le poussent à chaque fois à aller faire étalage de son optimiste déraisonné duquel les brutalités quotidiennes de ceux qui viennent tuer font douter et notamment de sa belle parole inaudible dans ce climat délétère du chaos que vient toucher du doigt Laurent Larcher, envoyé spécial du journal La Croix.

C’est dans ce contexte que l’on apprend, ici dans l’Anzourou, là dans le département de Torodi, ou dans le département de Gothèye des attaques qui prouvent que le problème sécuritaire reste entier dans la région. Comment ne pas s’effrayer pour ce pays lorsque l’on apprend de ce drame de Waraou, dans la commune rurale de Dargol, que quelques huit (8) gendarmes ont été tués et que trente-trois autres seraient blessés parmi les éléments du détachement de la gendarmerie. Comment, dans ces conditions, des gens qui ne sont pas armés, peuvent-ils braver tant d’incertitudes pour repartir dans la jungle ainsi que le leur demande le président Bazoum ? Le président nigérien a plus à faire notamment en réussissant d’abord à pacifier la région, à avoir une totale maitrise de la sécurité dans la région, avec l’installation de bases militaires nationales dans bien de points névralgiques de cette région qui souffre le martyr. Pour le moment, face à ces événements douloureux par lesquels le terrorisme vient défier Bazoum et ses certitudes, il est clair que sa parole n’a aucune chance d’être entendue. Il doit, à cette fin, plus poser des actes que de trop parler. La région amorce presque une descente aux enfers, quand lui continue de parler trop, de voyager trop, laissant derrière lui un pays qu’on violente et viole. Il faut revenir les pieds sur terre : ça va mal dans le pays…

Mais malgré tout, les populations éprouvées tiennent dignement même lorsqu’elles ont l’impression d’avoir tout perdu. Ceux que rencontre Larcher peuvent encore marcher debout même quand autour d’eux, ils peuvent ne plus voir l’Etat. Aussi, qu’il le constate « réduits à faire de petits travaux », ces hommes et ces femmes qui tiennent à une dignité, refusent encore, tant qu’ils peuvent tenir debout, de se rabaisser à la mendicité pour survivre même lorsqu’ils disent ne voir personne à côté d’eux dans ces moments difficiles depuis qu’ils sont exilés dans la capitale si ce n’est quelques familles, quelques parents qui peuvent dans la limite de leurs moyens leur apporter assistance. Pourtant, avoue-t-il, sincère, au journaliste qui l’interroge, « Il n’y a rien, On ne vit pas bien ».

Mais faut-il croire, comme le pense Zakari Karimou, quelque peu fataliste, que seul « Dieu sait pourquoi il fait ça », pourquoi il impose tant d’épreuves à ce peuple ?

On ne comprend pas ce grand silence des Nigériens, leur manque de solidarité ainsi qu’ils l’ont montré quand Diffa vivait le même cauchemar. Faut-il vivre dans l’enfer pour comprendre combien il y fait doux ? Les Nigériens sont étonnants. Mais chacun de nous doit comprendre que le mal avance ; il progresse dangereusement et inexorablement. Il y a de bonnes raisons de craindre pour nous et pour nos voisins, ce que Samuel Laurant, dans son livre prophétique appelle Sahelisthan pour redouter pour cet espace les pires cauchemars à venir.

Le peuple, s’il tient à la nation, doit impérativement aller au ressaisissement face à un pouvoir impotent qui semble manquer de solution à ses problèmes…

ISAK

 

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