Issoufou Mahamadou ne doit-il pas être poursuivi par la Justice ?

Il n’est plus à la tête de l’Etat et les pratiques, les procédures et les logiques semblent avoir changé de but en blanc, aujourd’hui, avec Bazoum Mohamed. Mais Issoufou Mahamadou continue de hanter les nuits et les jours de ses compatriotes. Pendant 10 ans, il a gouverné le Niger comme bon lui semble, en méprisant royalement les aspirations et les attentes des Nigériens, sur fond de corruption, de détournements des deniers publics. Le tout enrobé dans une assurance totale d’impunité pour les auteurs. Parmi les affaires qui ont choqué les Nigériens et pour lesquelles ils attendent ardemment que justice leur soit rendue, il y a bien sûr, l’affaire du rail, celle du riz pakistanais, les permis miniers à Sébastien De Montessus, l’hôtel Radison, Gorou Banda pour ne citer que celles-là. En réalité, pour citer les affaires de corruption et de malversations qui ont eu cours sous Issoufou, il faudrait sans doute un temps fou. C’est sa marque de fabrique.

L’affaire du rail

Plus buté que Issoufou Mahamadou, on meurt. Malgré les conseils, avis et mises en garde des experts, Issoufou Mahamadou est resté insensible aux cris de coeur des Nigériens. Le rail de Bolloré, c’était, dès le départ, un fourre-tout qui ne répondait à aucune exigence technique. L’écartement des rails, par exemple, n’était plus d’un mètre, mais d’un mètre et demi. Cela a été porté à la connaissance d’Issoufou Mahamadou qui a fait la fine bouche. Tant dans l’écartement que dans les procédures, tout était sombre et l’ancien président ne l’ignorait pas puisque les services techniques, de source sûre, l’ont édifié sur le caractère bancal desdites procédures. Pendant tout le temps que Bolloré, qui n’a aucune expérience notable dans le rail auparavant, posait ses ferrailles avec une frénésie extraordinaire, il n’y avait jamais eu de bureau d’étude pour contrôler les dépenses engagées par l’homme d’affaires français. Une autre insuffisance qui a été portée à la connaissance d’Issoufou qui n’a pas jugé utile d’y remédier. Bolloré, c’était l’ami à qui, déjà en 2012, sans la moindre évaluation du projet d’essai de deux ans entamé sous Mamadou Tanja, Issoufou a accordé l’affermage de l’eau pour 10 ans d’emblée. Un contrat qui a été renouvelé depuis belle lurette.

L’affaire du riz pakistanais

Vraisemblablement, à l’exclusion de l’affaire du ministère de la Défense, c’est le plus grand scandale en termes de portée humaine. C’était en 2015, le Niger s’apprêtait à aller à des élections générales.

Mais, il y a plus urgent. À l’est du pays, dans la région de Diffa, des populations entières fuient les exactions de la secte BokoHaram et le résultat est amer : des centaines de milliers de déplacés internes auxquels sont venus se greffer des réfugiés nigérians. Les autorités saisirent alors leurs homologues du Pakistan afin d’obtenir une aide alimentaire au bénéfice des populations déshéritées et désemparées. Le Pakistan réagit positivement à la requête du Niger, expressément adressé au nom des populations déplacées de Diffa. 15 000 tonnes de riz basmati, un riz de qualité, sont offertes au Niger. Mais, ce riz n’arrivera jamais aux destinataires. Il ne parviendra même pas au Niger. Depuis le port de Cotonou, il est vendu à vil prix et l’argent recueilli est partagé entre des individus, sur fond de fortes commissions pour les intermédiaires.

L’affaire des permis miniers à Sébastien De Montessus

Le Niger, sous Issoufou, a été un véritable paradis pour tous les toubabs en quête de fortunes faciles. Sébastien De Montessus, ancien vice-président d’Areva (actuel Orano), a compris la belle opportunité. Il crée, en partenariat avec des grands commis de l’Etat tapis atour d’Issoufou Mahamadou, un groupe de recherche minière portée principalement sur l’or et dénommé Endeavour Niger. Créé le 25 novembre 2019, Endeavour Niger engrange, deux semaines à peine après sa création, sa première moisson. Le 9 décembre 2019, le gouvernement lui octroie trois permis miniers parmi les plus prometteurs.

Le principal partenaire nigérien de De Montessus dans cette liaison incestueuse, le directeur national du groupe, n’est autre que Mohamed Akotey, le conseiller spécial d’Issoufou ; celui-là même qui a aidé l’ancien président dans la libération des otages français d’Arlit. Un conflit d’intérêt que Issoufou ne pouvait ignorer. Ce groupe était donc l’affaire des premiers responsables de l’Etat nigérien, avec leurs alliés occidentaux. Autant dire que ceux qui ont octroyé les permis miniers à Endeavour Niger étaient ceux-là mêmes qui ont acheté les permis. Le vendeur était l’acheteur. Allez-y savoir si, effectivement, le Trésor public a enregistré un franc sur cette affaire, conformément à la loi.

L’affaire de Gorou Banda

Eparpillé et sans vision réelle pour le Niger qui a beaucoup souffert de ses lubies, Issoufou Mahamadou a gaspillé des ressources financières incommensurables. Dans le fameux projet de Gorou Banda, une centrale thermique qui a avalé plus de 80 milliards de francs CFA, sans jamais fonctionner comme il faut, Issoufou Mahamadou a fait preuve d’une cécité extraordinaire. Cécité ? Pire que ça, puisqu’on a notifié que les centrales thermiques ne sont plus à l’ordre du jour, parce qu’elles génèrent beaucoup de déchets toxiques en alimentant la pollution, mais il a refusé d’écouter. On lui a fait observer, notamment par la voix d’Albert Wright, que, bien que pays producteur de pétrole, le Niger ne pourrait pas, à terme, supporter les coûts de fonctionnement d’une centrale thermique. Rien à faire, Issoufou Mahamadou est resté de marbre. Pire, il n’a pas arrêté de déclarer à qui veut l’entendre qu’il était en passe de résoudre pour longtemps le problème d’énergie électrique. Aujourd’hui, les Nigériens constatent que la centrale thermique de Gorou Banda est un désastre qui a peut-être enrichi des individus, pas le Niger.

L’affaire de l’hôtel Radison

Fièrement dressé sur les cendres des locaux de la Direction générale des douanes, détruits pour le besoin de la cause, l’hôtel Radison suscite tant d’interrogations qui restent pour le moment sans réponses. A qui appartient en réalité cet hôtel de luxe ? Déclaré au départ comme un hôtel présidentiel qui devrait être construit en guise de bonus au Niger pour la cession de l’aéroport international Diori Hamani à une société de gestion turque, l’hôtel Radison est finalement devenu, avant la fin de sa construction, la propriété d’un groupe turc, Summa. Une mutation qui n’est pas sans susciter des soupçons d’arnaque. D’ailleurs, le débat public sur la question relève régulièrement que l’acquisition par le groupe turc de l’espace qui a servi de site à la construction de l’hôtel est plus que douteuse. Nulle part, il n’y a eu la moindre publication du coût et des procédures par lesquelles le groupe turc a acquis ledit espace. Or, des rumeurs persistantes indiquent que les dessous du dossier, tenus secrets jusqu’ici, seraient malodorants.

L’affaire des établissements MIM

Jamais, sans aucun doute, le Niger n’a autant souffert de la prédation. Les ressources financières bien sûr, mais aussi le patrimoine immobilier. L’annexion, par des hommes proches du pouvoir, d’espaces restés inviolables depuis de longues décennies, ont été pris en chasse sous Issoufou. Outre la Direction générale des douanes, détruite pour y construire un hôtel sur lequel il reste beaucoup à dire, l’espace des anciennes cases allemandes n’a pas échappé à cette boulimie. Morcelé et cédé à des privés sans visage parfois, sans que l’on sache par quelles procédures, l’espace est devenu, aujourd’hui le siège d’un autre hôtel de luxe, Bravia dont on ne sait pas plus que sur le Radison, ainsi que d’autres immeubles de haut standing. Des immeubles sans visages connus mais qui semblent très prisés puisqu’un d’entre eux, au moins, abrite un service de l’Etat tandis qu’un autre représente le siège d’une société privée, les Etablissements MIM. Majestueusement dressé, l’immeuble abrite une société citée dans le rapport d’audit du ministère de la Défense nationale. Et comme les Nigériens ont constaté que presque tous les hommes d’affaires cités dans ce dossier ont créé des sociétés, des observateurs avertis se demandent si ce ne sont pas les produits tirés de ce scandale du ministère de la Défense qui ont servi de soubassement financier à la réalisation de ce projet privé. Lorsqu’on ajoute à cette liste de scandales indicative, l’affaire du ministère de la Défense, la palme des scandales, l’uraniumgate, le prêt Ex- Im Bank de Chine, l’achat de l’avion présidentiel, la prospérité des trafiquants de drogue, l’insécurité, presque cultivée par provocation, on ne peut que s’interroger : Issoufou Mahamadou ne doit-il pas être poursuivi devant la justice ?

Laboukoye