Gouvernance politique : Bazoum pris entre deux feux !

L’on se dirige, bientôt, vers ce que l’on appelle, couramment, la fin de l’état de grâce, c’est-à-dire toute cette période que l’on accorde au nouvel élu pour chercher et trouver ses marques dans ses nouvelles fonctions, le temps nécessaire de maîtriser quelques ficelles, disons-nous, de la gestion du pouvoir. Il s’agit-là d’une simple question de bon sens, car, il n’est guère logique de demander des résultats à un nouveau venu dans un poste quelconque ! Cependant, ce délai de grâce n’est pas perpétuel et prend définitivement fin lorsqu’il s’est écoulé suffisamment de temps pour le nouvel entrant de disposer de tous les leviers du pouvoir pour gouverner à sa guise. On estime, généralement, ce temps de sursis accordé au nouvel entrant, entre un et six mois d’exercice du pouvoir. Investi le 02 avril 2021, Bazoum entame ainsi le sixième mois de sa présidence. L’on peut, à juste titre, estimer qu’il est temps de porter, ne-serait-ce qu’un début de commencement, un jugement sur l’action actuelle du président Bazoum à la tête de l’Etat. Après un départ canon et tambours battants, il s’est offert, dans la dernière moitié du mois d’août, de douces et paisibles vacances dans son Tesker natal, au milieu des siens et de ses chameaux. Il aurait souhaité ce petit repos, peut-être pour se ressourcer, retrouver son second souffle après ce départ tonitruant, et sans doute, au regard du rythme infernal qu’il voulut imprimer à son action présidentielle. En effet, dès le lendemain de son investiture, il voulut aller vite, très vite, une façon de marquer les esprits, peut-être. Il voulait avant tout laver un affront qui lui tenait tant à coeurs, qui lui avait été fait avant et pendant la campagne électorale passée, celui de n’être pas apte à la fonction présidentielle, d’être un simple faire-valoir d’Issoufou Mahamadou. Il voulut à tout prix démentir cela, en inaugurant déjà une nouvelle façon de diriger en rupture totale avec le règne sortant, par la simplicité du style de gouvernance et par la volonté affichée de rétablir la justice sociale dans le pays, en s’attaquant à la corruption et aux détournements de deniers publics. Ces actes publics salvateurs, attendus des Nigériens de longue date, le président Bazoum a commencé à les poser dans les premiers mois de sa présidence. C’est d’abord l’affaire Ibou Karadjé et ses multiples rebondissements qui en ont annoncé les couleurs. Ce fut ensuite une série d’actes concrets, allant de l’annulation de certains contrats de marchés publics passés sous l’ancien régime, aux arrestations pour fraudes aux examens scolaires. Alors, il n’en fallait pas plus, pour les uns et les autres de s’emballer trop vite, de croire naïvement que tous les cadavres cachés dans les placards du régime de la renaissance du Niger seraient ainsi rouvert en vue de leur autopsie pour y découvrir les coupables et leurs complices ! L’on se disait que l’on tenait, par-là, le bon bout pour en finir, une fois pour toutes, avec toute cette mal-gouvernance du régime ‘’vampiriste’’ d’Issoufou Mahamadou ! Enfin, le glaive de la justice sociale, longtemps suspendu à l’impunité généralisée durant ces dernières années, était sur le point de s’abattre sur tous ces criminels en cols blancs qui ont pillé et volé les deniers publics, s’écriait-on ! Partout, on applaudissait et saluait la venue de cette main justicière pour rendre aux Nigériens leurs biens volés et spoliés par cette caste dirigeante dénommée ‘’renaissance du Niger’’ !


Hélas, plus le temps passait, plus l’on avait l’impression que les choses commençaient à se tasser, que tout rentrait, finalement, dans ‘’l’ordre normal’’, la guerre de Troie que l’on nous avait promise n’aurait point lieu ! La fameuse affaire Ibou Karadjé, qui avait suscité tant d’espoirs chez beaucoup de nos concitoyens, s’enlise judiciairement, aujourd’hui, faute pour la justice de pouvoir atteindre des personnes-clé dans le dossier, car encore bien nichées dans les hautes sphères du pouvoir actuel. On ne parlerait même pas, à ce propos, d’autres dossiers tout aussi explosifs, qui sont également sur le point d’être refermés, alors que des faits d’irrégularités y étaient clairement avérés. C’est notamment le cas des trois milliards et demi de DAT (Dépôt A Terme) que la SOPAMIN avait effectués auprès d’un établissement de microfinance privé de la place. L’Administrateur de la SOPAMIN au moment des faits est l’actuel Ministre de la Communication. D’après certaines sources, les ramifications politiques du dossier constitueraient des obstacles insurmontables pour son traitement judiciaire total, tout comme celui d’Ibou Karadjé où c’est encore pire avec l’actuel Chef du Gouvernement, Dircab du PR à l’époque des faits ; ou encre l’actuel Ministre des Finances, Ministre du Budget au moment des faits, et l’actuelle Ministre des Mines, Dircaba à l’époque des faits. Comme on le voit, l’affaire Ibou Karadjé, un dossier de la Présidence, était une affaire à haute teneur en explosifs politiques qui risquerait, si elle devait être traitée en toute indépendance de la justice, d’éclabousser pas mal de monde de l’ancien règne, et non des moindres, parmi l’entourage de l’ex-président de la république. Dix (10) ans de règne, ce n’est pas rien et Dieu seul sait le nombre de casseroles salies durant cette période, et donc difficiles, très difficiles pour le successeur désigné de les porter à la vaisselle, sans courir quelque risque de commettre un parricide à la manière d’un Brutus, fils adoptif de Jules César, qui n’hésita pas à poignarder ce dernier afin de sauver la république romaine de la dictature impériale ! C’est exactement dans la même posture que se trouve, aujourd’hui, le président Bazoum, face au célèbre dilemme cornélien : vaincre ou périr. En effet, écartelé entre sa volonté d’aller jusqu’au bout de son engagement présidentiel de rétablir la justice sociale au Niger, et l’obligation morale envers son prédécesseur et mentor politique Issoufou Mahamadou, Mohamed Bazoum ne disposerait guère d’un troisième choix, et devra, tôt ou tard, opter pour l’un des deux choix. Choix cornélien, diriez-vous ! S’il décidait de renoncer au nettoyage des écuries d’Augias, car susceptible d’ébranler la gestion de son ancien mentor politique, dont il reste redevable, à beaucoup d’égards, dans son accession à la magistrature suprême, il s’aliénerait ainsi tout ce capital de sympathies populaires que l’entame de sa présidence aura suscité auprès de bon nombre de nos concitoyens. N’oublions jamais que le président Bazoum est une pure création artificielle des manoeuvres sournoises d’un calculateur politique consommé comme Issoufou Mahamadou, qui, à défaut de consacrer une véritable alternance démocratique au Niger, n’en aura pas moins usé de beaucoup d’ingéniosité politique pour imposer à la tête du pays une sorte de ‘’régent’’ afin de garder, toujours, la main sur la gestion des affaires publiques, après son départ officiel du pouvoir ! Dans ces conditions, comment serait-il possible pour le président Bazoum de faire le procès équitable de la gestion de son ancien mentor politique, dont il a gardé intacte jusqu’à la garde prétorienne, comme pour lui témoigner d’une fidélité insoupçonnable ? L’argent ayant servi à la campagne de Bazoum, ainsi que les résultats trop controversés de Tahoua ayant assommé le second tour de l’élection présidentielle du 21 février 2021, n’étaient-ils pas d’Issoufou Mahamadou lui-même, et non de Bazoum ? On sait aussi que le Présidium du parti rose n’était guère favorable à la candidature de l’enfant de Tesker, mais avait été contraint et forcé d’avaler la décision de Zaki de faire de Bazoum son dauphin politique, cela dusse-t-il passer par le sacrifice d’un certain Hassoumi Massaoudou plus apte à cette fonction !

Récemment encore, face aux velléités d’affranchissement affichées par le poulain présidentiel, le ‘’Boss’’ s’était rendu dans son Tahoua natal pour rameuter les troupes auxquelles il avait rappelé que si Bazoum était devenu président de la république, c’étaient grâce à leurs ‘’suffrages’’. En fait, le message subliminal s’adressait, directement, au président Bazoum, comme pour lui dire de faire attention… en regardant toujours le bout de sa hache lorsqu’il déciderait de couper le ‘’bois mort’’ !

Cependant, si le président Bazoum représentait, véritablement, le glaive de la justice divine, s’il était ce messie que tout le peuple nigérien attendait de toutes ses forces et de toute son espérance, il ne devrait et ne pourrait renoncer à cette mission salvatrice pour le Niger de rétablir la justice sociale, de mettre fin à l’impunité érigée en règle de gouvernance, de combattre la corruption et les détournements de deniers, bref de redonner aux Nigériens de nouveaux espoirs de vie meilleure. Dans ce cas, tout comme Brutus, il n’aurait d’autre choix que de ‘’tuer’’ le père pour asseoir son règne sur des fondements solides durables, c’est-à-dire le respect strict de son serment coranique de bien diriger le Niger en tous lieux et en toutes circonstances, et de ne privilégier que les seuls intérêts supérieurs de la nation. Tout autre choix le conduirait au reniement de son serment confessionnel et créditerait pleinement l’idée d’une régence, et non d’une présidence véritable au Niger. Quelle terrible désillusion pour ceux tous qui avaient cru, naïvement, que Mohamed Bazoum serait l’hirondelle annonciatrice du printemps au Niger !

Tchibaden