Garde à vue du journaliste Mahamane Lawali El Kaougé : Un recul de la liberté de la presse au Niger

Gouvernorat de Maradi, un départ sans gloire de Zakari Oumarou », c’est le titre d’un article du journal virtuel « Le Souffle de Maradi », diffusé le jeudi 7 octobre 2021 sur les réseaux sociaux, à quelques heures de la tenue d’une cérémonie dite d’au revoir à l’honneur de l’ancien gouverneur Zakari Oumarou, limogé en plein conseil des ministres. Un article qui a occasionné la garde à vue de notre confrère Mahaman Lawali dit El Kaougé, quelques heures seulement après une contrattaque du contenu dudit article par un autre confrère. Il faut d’abord rappeler que Mahaman Lawali dit El Kaougé, était l’ancien chargé en communication de l’ex gouverneur. Les deux compagnons d’hier s’étaient séparés en chien et chat, suite à un malentendu qui ne dit pas son nom. Dans son article, le confrère El Kaougé Mahaman Lawali disait je cite, « Si ailleurs les Gouverneurs partants croulent sous les hommages, à Maradi par contre le départ du « prince de Konni », ne suscite aucune émotion particulière. Et pour cause, son départ était très attendu, en tout cas, unanimement salué dans toutes les fadas de Maradi et particulièrement sur les réseaux sociaux, où la moindre évocation de son nom suscite des commentaires désagréables. Dans son entourage immédiat du gouvernorat, l’on est pressé de tourner sa page. Car l’homme est perçu ici comme « un mange seul », concentrant tous les avantages pour lui et ne laissant aucune ouverture à ses collaborateurs. En 5 ans de gouvernance, il n’a même pas laissé un ordinateur au Gouvernorat », fin de citation. Pendant ce temps le second confrère ayant contrattaqué ces écrits d’Elkaougé mentionnait également je cite, « Dans mes lectures, un pur hasard m’a fait tomber sur un article du journal Le souffle de Maradi. J’y ai perçu juste une immaturité littéraire digne d’un amateur qui n’arrive pas à digérer le refus de nos responsables politiques de cautionner certaines bêtises (les faits sont connus, les conséquences aussi). Le passage qui m’a fait le plus sourire est celui où il disait sans honte que “le gouverneur mangeait seul”. Ma question : il mangeait quoi seul ? C’est quand même une question gloutonne qui trahit si vertement les motivations qui liaient l’auteur à son ancien poste. Son article n’est alors qu’une malheureuse tentative de détourner les regards sur lui au détriment de la cérémonie de remerciements et de reconnaissance qu’organise #Maradi à l’honneur du Gouverneur sortant ; cérémonie, qui succède à une suite d’intarissables éloges à l’endroit de celui qu’il peine à vouloir salir. Comme quoi le plus grand aveugle est celui qui refuse de voir sous le handicap de la haine et de la vengeance », fin de citation.
Se sentant blessé dans son âme, l’ancien gouverneur a préféré porté plainte contre notre confrère Elkaougé Mahaman, et depuis lors, il est gardé à vue au niveau de la Police judiciaire de Maradi, ou il subit des interrogations diverses, notamment, sur injonctions pures et simples de cet ancien gouverneur. Après la visite de certains confrères locaux au niveau de la Police judiciaire, l’on connait désormais un peu plus, sur les griefs qui lui sont reprochés. Il s’agit principalement pour l’instant, de l’atteinte à l’intégrité morale de l’ancien gouverneur Zakari Oumarou, son ancien collaborateur. Ces faits sont pour le moins surprenants. Car, en tant que responsable sortant de la région, l’ancien gouverneur Zakari Oumarou, n’aurait dû pas user de son ancienne posture, pour attrister les médias et les journalistes en particulier notre confrère El Kaougé dans l’exercice de son métier,
Même s’il est difficile de se conformer souvent à certaines conclusions d’un conseil des ministres qui osent mettre à l’écart d’un système politique plusieurs responsables des régions du pays, ce n’est pas un honneur pour un ancien gouverneur de placer un pauvre père de famille en garde à vue, en occurrence, un homme des médias, presque, onze (11) ans, après la signature de la Déclaration de laTable de la Montagne le 30 novembre 2011, qui appelle et interpelle le pouvoir sur la nécessité de disposer d’une presse libre et indépendante, mais aussi et surtout, dans un contexte marqué par l’abolition du délit de presse dans le pays. Ces dispositions, sont indispensables pour notre progrès politique, social, économique et culturel. Ces faits, ramènent indiscutablement, trente (30) ans en arrière, les efforts consentis pour le rayonnement d’une presse libre et indépendante au Niger.
La place d’un journaliste en occurrence Mahaman Lawali El Kaougé, n’est pas à la Police judiciaire. Il doit regagner sa famille, quoi qu’on lui reproche, puisque, les textes qui régissent la profession de journaliste, sont clairs et précis, notamment les dispositions de l’article 67 de l’ordonnance n°035 de 2010, qui empêchent au juge, de décerner un mandat de dépôt contre les journalistes en exercice, de l’arrêté ou de le séquestré. C’est pour dire que, l’ancien gouverneur de Maradi, n’est pas obligé de passer par un procureur pour se donner raison et exposer en dangers, la famille du confrère. Un simple droit de réponse, suffisait logiquement pour résoudre le problème, en toute simplicité et se conformer aux textes qui régissent l’exercice de la presse dans le pays. C’est très dommage, que ces faits soient produits, quelques heures seulement, après son limogeage, pourtant, diversement apprécié par les populations de Maradi, allez-y comprendre de vous-même, malgré les différentes spéculations autour du sujet. Mais, ce n’est pas pour la première fois, que l’ancien gouverneur s’en prend, gratuitement aux médias, et aux journalistes locaux, pour leur vision et opinion personnelle. Il avait réservé le même sort à un autre confrère de la Radio Anfani il y a quelques mois seulement. Mais ce qui choque le plus, c’est qu’à chaque fois qu’un confrère à des difficultés avec un responsable de l’administration notamment dans l’exercice de sa profession, certains confrères au lieu de lui venir en aide, cherchent à l’approfondir dans le trou pour des raisons qui leur sont propres. Ce qui n’est pas bien pour la corporation qui fait déjà l’objet de vives critiques sur son manque de professionnalisme dans la collecte, le traitement et la diffusion d’une information crédible. Ce comportement met à rudes épreuves la confraternité et démontre que les organisations socioprofessionnelles des médias, ont un grand rôle à jouer aujourd’hui et demain, pour l’avenir même de la profession. C’est pour dire, que cette énième interpellation des journalistes de l’intérieur du pays dans l’exercice de leur profession, est un véritable recul de la liberté de la presse au Niger, et nécessite l’union des journalistes et des organes de presse, malgré, le différend qui les oppose, notamment, pour une presse libre et indépendante.
Salifou Hachimou