Le marché de bétail de Tchadoua : Le second poumon de l’économie locale

C’est un jour de marché à Tchadoua ce vendredi 31 janvier 2020. La ville de Tchadoua  accueille beaucoup de monde venant aussi bien des villages environnants que des villes comme Maradi ; Aguié ; Tessaoua ;  Mayahi ; Gazaoua ; Zinder et même des nationalités étrangères.  Tchadoua connait tous les vendredis, jour du marché hebdomadaire de cette localité une ambiance toute particulière. L’animation s’apparente à un jour de fête. Ce jour est doublement sacré pour les populations de Tchadoua parce que c’est un jour de marché d’une part et d’autre part la journée de vendredi constitue est un jour spécial pour cette population à majorité musulmane.  Le jour de marché est une journée de business pour l’ensemble des acteurs qui se rencontrent pour échanger ; s’informer ; acheter ou vendre. Hommes, femmes et enfants viennent de tous les quatre coins et se convergent vers soit au marché de céréales ou celui de bétail. Pendant ce temps, les « kabu-kabu » et les charretiers  font aussi la navette entre les deux marchés. Si le marché de céréales est typiquement rural pace qu’il ne dispose pas d’infrastructures adéquates, ce n’est pas le cas pour le marché de bétail. Ce dernier est moderne et correspond véritablement aux échanges commerciaux des acteurs qui le fréquentent. Il a été construit en matériaux définitifs en 2014 par le PRODEX à plus de 103 milliards de CFA. D’une superficie de 5 ha, le marché de bétail de Tchadoua est composé d’un bloc administratif (des bureaux du groupement d’intérêt économique, du  percepteur des taxes, de la douane ; Elevage) ; quatre enclos dont un pour les bovins ; les ovins ; asins ; camelins ; trois latrines ; un point d’eau ; un magasin d’aliment bétail ; un parc d’embarquement d’animaux et une plantation d’arbres réalisée par le Programme d’Action Communautaire. L’entrée du marché est contrôlée par un agent dédié à cet effet. La droite et  la gauche à la porte principale du marché de bétail sont pris d’assaut par les vendeurs des produits céréaliers et autres vendeurs ambulants. Il faut s’approcher de ceux qui amènent des animaux pour vendre.

Dès qu’ils vendent les animaux, ils viendront acheter nos produits, nous murmure un vendeur de mil qui a requis l’anonymat. A l’intérieur du marché, certains commerçants de friperie commercent à étaler, tandis que les marchands d’autres articles divers ont rattrapé quelques billets. A 11 h 30mn, les quatre enclos du marché de bétail grouillent déjà de monde. Tous les passages pour accéder aux animaux sont obstrués au point où certains prennent le raccourci en escaladant les barres de fer des enclos. Le marché est remplit d’animaux, mais les acheteurs sont quasi absents. Les quelques rares clients qui viennent à compte goutte proposent aux vendeurs des prix qui ne leur conviennent pas du tout. En effet, les vendeurs et acheteurs pointent du doigt la fermeture des frontières du Nigeria. Maazou Seïdou est un commerçant d’animaux il y a de cela une dizaine d’années. Il fait la navette entre les différents marchés ruraux du département d’Aguié et le Nigeria chaque semaine.  La moitié de la journée est écoulée, Maazou n’a acheté que trois moutons et quatre chèvres. ‘’ Comme les frontières du Nigeria sont fermées, on se méfie d’acheter beaucoup d’animaux en raison des multiples tracaceries auxquelles nous sommes exposés tout au long de la route. Les prix sont vraiment abordables parce que l’offre d’animaux dans ce marché est nettement supérieure aux acheteurs (demandeurs). Le prix de la chèvre varie entre 13.000 et 30.000 F, tandis que celui du mouton se trouve dans l’intervalle de 20.000 à 80.000 F ’’, a précisé M. Maazou. Les moutons gros et gras ne sont pas vite vendus parce que les clients sont rares. A l’enclos des petits ruminants, tout comme au niveau des gros ruminants, le contact est le même. Les animaux sont disponibles mais il y a moins d’acheteurs. Les vendeurs scrutent  le moindre geste de ceux qui se dirigent vers eux pensant qu’ils sont des acheteurs. Celui qui est de passage est confondu à l’acheteur par les propriétaires d’animaux ou encore par l’intermédiaire qui, ne doit son salut que lorsque ces animaux sont vendus. Selon Lasseyni Tonko, un intermédiaire des petits ruminants, cette activité est difficile parce que les propriétaires des animaux les considèrent comme étant des complices de la mairie. Ils rechignent  à payer les taxes qui constituent un devoir. A ce niveau, la mairie à un travail de sensibilisation à mener pour que  les citoyens sachent leur droit et leur devoir afin d’éviter tout malentendu susceptible de froisser les rapports sociaux entre les acteurs du marché. A ce sujet, le président du groupement d’intérêt économique M. Maty Kaka dit avoir commencé le travail de sensibilisation. ‘’ Nous aidons la mairie dans le cadre du recouvrement des taxes de marché. Cependant, les recettes collectées par la mairie de Tchadoua sont en baisse depuis la fermeture des frontières du Niger. 

Ce sont surtout les Nigérians qui achètent en grand nombre nos animaux. La vitalité d’un marché de bétail comme le nôtre dépend de ces étrangers là’’ a expliqué’’ le président du groupement d’intérêt économique M. Maty Kaka. Si du coté des ovins et bovins, les enclos sont bien remplis d’animaux, il n’en est pas le cas pour la partie asine.  Cet enclos qui accueillait jusqu'à un passé récent 150 à 200 têtes ne compte aujourd’hui que quelques ânes. Cette partie du marché est clairsemée d’ânes visiblement mal en forme. Ici, la demande est plus importante que l’offre. Par conséquent, les ânes coutent chers à Tchadoua. Mieux, avec la fermeture des frontières, ceux qui font le commerce d’ânes, n’achètent pas beaucoup. Le prix d’un âne varie entre 50.000 à 70.000F.

Baisse drastique des recettes de la mairie de Tchadoua

Le marché de céréale et celui de bétail constituent pour la commune de Tchadoua les deux principales sources des recettes fiscales. Cependant avec, la fermeture des frontières du Nigeria, cette commune rurale, tout comme toutes autres communes du Niger qui commercent avec ce pays connait une baisse sensible de recouvrement des taxes de marchés. Selon Chaibou Adamou qui s’occupe de l’encadrement du groupement d’intérêt économique du marché de bétail de Tchadoua, la fermeture des frontières du Nigeria pèse énormément sur le recouvrement de la mairie. ‘’ A titre illustratif, à la date du 24 janvier 2020, le montant recouvré était de l’ordre de 599.300 F. En temps normal, on peut recouvrer jusqu’à près d’un million.  Lorsque les Burkinabé, Maliens et Nigérians venaient acheter les animaux, les caisses de la commune de Tchadoua étaient renflouées. Plus les étrangers viennent acheter d’animaux, plus la mairie engrange de sous.  C’est dire que la baisse des recettes est imputable à la fermeture des frontières du Nigeria. Ces nationalités sont quasi absentes par rapport au temps ou les frontières étaient ouvertes.

Quant à l’agent communal de l’élevage M. Idi Agada, il s’occupe dans ce marché de bétail des activités classiques qui se résument au comptage des catégories d’animaux présentés sur le marché ; le recueil des informations relatives aux prix des animaux ; le comptage des animaux destinés à l’exportation au niveau de toutes les portes de sortie et le suivi sanitaire. Ces informations permettent de disposer des statistiques fiables par rapport aux entrées et sorties des animaux au marché de Tchadoua.

Par Hassane Daouda,  Envoyé Spécial


30 juillet  2021
Source : http://www.lesahel.org/