Scolarisation à Diffa : L’UNICEF et ses partenaires multiplient les actions en faveur de la jeune fille

Scolarisation à Diffa : L’UNICEF et ses partenaires multiplient les actions en faveur de la jeune fille

 

Kaltoum Ary et Yacoura Ali sont des jeunes filles régulièrement inscrites à l’école Awaridi dans la région de Diffa, grâce à l’UNICEF, à travers un financement canadien qui vise à renforcer l’éducation des jeunes filles. En effet, avec des histoires extraordinaires et similaires, ces deux jeunes filles de l’école primaire de Awaridi étaient victimes de tentative de mariage des enfants. Pourtant, toutes ces deux jeunes filles sont psychologiquement immatures et morphologiquement inaptes pour se marier. Kaltoum Ary âgé de 13 ans, est en classe de CM2. La tentative de son mariage a échoué pour les raisons de ses études et surtout grâce à l’intervention de l’UNICEF et ses partenaires locaux. Malheureusement, pour Yacoura Ali, les choses sont allées plus vite, car sont mariage a été scellé et bien consommé, malgré son jeune âge (à peine15 ans). Malgré son mariage, Yacoura continue ses études. Actuellement, elle est en classe de CE2.

Ainsi, pour sauver et garantir un avenir meilleur à ces deux filles (Yacoura et Kaltoum) en particulier et aux jeunes filles de la région de Diffa en général, des structures se sont fortement activées pour endiguer et contenir ce fléau qu’est le mariage des enfants. En effet, dans cette bataille contre le mariage précoce des filles scolarisées et ou non scolarisées, au niveau de la région de Diffa, on peut citer en première ligne l’Etat du Niger, le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), la SCOFI, les Comités de Gestion d’Etablissement Scolaires (COGES), les Associations des Mères Educatrices (AME), etc. Toutes ces structures luttent, chacune, dans sa sphère de compétence en faveur du décret portant protection, soutien et accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité.

Pour constater de très près les réalités et les réalisations concrètes de l’UNICEF dans la région de Diffa, notamment dans le domaine de la scolarisation de la jeune fille, une mission de presse a été dépêchée dans la région de manga. Dans le cadre de cette mission, toutes les parties prenantes oeuvrant pour la scolarisation de la jeune fille ont été rencontrées, ainsi que les filles victimes de mariage ou tentative de mariage précoce.

Le vendredi 6 novembre dernier, à 10h exactement, nous nous sommes rendus à l’école primaire de Awaridi où étudient Yacoura et Kaltoum. Etant mariée, Yacoura continue à fréquenter son école sans complexe. Les choses semblent être un peu dures pour elle, car, gérer un foyer et les études au niveau primaire n’est pas une chose aisée. Mais pour l’instant, tout va pour le mieux, avec l’aide de ses parents et de quelques institutions dont l’UNICEF, Yacoura a passé en classe de CE2 après, trois ans d’étude dans une école passerelle. «Je fréquentais, mon école grâce à l'intervention des parents d'élèves, du COGES, sous la direction de l’UNICEF, qui ont lutté pour que je sois dans mon droit, qui est celui d'aller à l'école. Mes parents ainsi que mon mari ont bien compris le message, d'autant plus que c'est eux mêmes qui m'encouragent à poursuivre mes études. Mon rêve est de devenir enseignante et pour cela je m’engage à étudier jusqu’au niveau supérieur», a dit Yacoura pleine d’espoir.

La deuxième victime Kaltoum Ary a été beaucoup plus chanceuse, car le projet de son mariage (précoce) a été avorté quelques jours avant sa concrétisation. Actuellement en classe de CM2, Kaltoum fait partie des meilleures élèves selon un de ses enseignants. «Le projet de mariage que mes parents avaient pour moi a été finalement brisé. Aujourd’hui je continue toujours à fréquenter l'école, dans l'espoir d'être aussi une enseignante d’école. Je remercie beaucoup celles et ceux qui se sont mobilisés pour me sauver de ce mariage», a expliqué Kaltoum gardant toujours les remords et le stress des moments des tiraillements liés au projet de son mariage. Certes le mariage de Yacoura a été consommé, mais son père garde toujours l’espoir et la même constance d’accompagner sa fille à poursuivre ses études par tous les moyens. En ce sens, M. Ali a affirmé que, dans le temps, il ne savait rien des opportunités qu’offre la scolarisation de la fille. Mais à l'issue des échanges qu’il a eus avec les membres du comité chargé de la question de ramener sa fille sur les bancs de l’école, M. Ali dit avoir beaucoup appris sur l'instruction de la jeune fille. «Je salue le courage et l’implication de tous les comités qui nous ont aidés à maintenir ma fille à l’école. Je ne souhaite pas que cela arrive à une jeune fille qui n’est pas encore mature. J’ai beaucoup appris, sur l’importance de garder les filles à l’école, afin qu’elles puissent avoir une bonne éducation. L’école permet de lutter contre l'ignorance et la pauvreté. Et depuis je me suis engagé aux côtés de ma fille même étant mariée, afin qu'elle soit aussi une personnalité importante dans notre communauté», témoigne M. Ali.

L’UNICEF et ses partenaires s’engagent pour endiguer le problème du mariage précoce de la jeune fille

Le point focal de la direction de la SCOFI et les services de protection des jeunes jouent un rôle primordial dans la gestion des difficultés auxquelles les jeunes filles font face. Mme Yacouba Bibata point focal, chargée de la scolarisation de la jeune fille à la DREP de Diffa affirme que la situation de la scolarisation des filles dans la région est un peu semblable à celle des autres régions du Niger. Selon,elle, les raisons qui freinent l’émancipation de la jeune fille en cours de scolarité sont multiples et multiformes. «La question d’accès des enfants en général et des filles en particulier dans les zones rurales isolées, constituent le problème majeur pour maintenir les filles à l’école. Avec toutes ces difficultés, les filles n’achèvent pas de manière satisfaisante leur cycle normal. C’est pourquoi, il y a une forte perdition scolaire et ça touchent généralement, les filles. Une fois au secondaire, le manque de tuteur fait en sorte que les filles retournent dans leurs familles. Nous avons aussi cette situation de vulnérabilité des ménages, liée aux déplacements des nombreuses familles. Il y a des familles qui sont à leur 5ème déplacement. Comme vous le savez, dans nos cultures, quand tu as 3 à 4 filles tu ne peux les trimbaler de site en site et de village en village, il faut les nourrir, il faut les habiller ainsi de suite. C’est pourquoi, dès qu’un prétendant se présente, certains parents n’hésitent pas à marier leurs filles», a expliqué le point focal de la direction de la SCOFI.

S’agissant des efforts déployés pour maintenir les jeunes filles à l’école, des sensibilisations et des partages d’expérience sont régulièrement organisés. «Dans les zones rurales la population ne mesure pas l’avantage de la scolarisation de la jeune fille. C’est pourquoi, nous luttons pour le maintien de celles qui sont déjà dans nos mains», a rassuré Mme Yacouba Bibata avant de relever que le mariage des enfants n’est pas une réalité récurrente dans la région de Diffa. «Ce problème n’est pas une réalité, c’est juste quelques cas isolés que nous enregistrons. Et ces cas sont dus à certaines circonstances. Grace à nos multiples actions aujourd’hui, les gens ont compris les méfaits du mariage précoce. Ils disent que les autorités coutumières leur ont dit que, ces pratiques sont bannies. Les gens ont pris conscience. Mais on ne peut pas dire que le problème est réglé à 100%, nous multiplions les efforts, notamment dans le cadre de la scolarisation de la jeune fille en faisant des sensibilisations de proximité. Nous usons du décret qui protège les filles en cours de scolarité. Nous profitons de toutes les occasions, même les cérémonies pour expliquer aux parents d’oeuvrer en faveur des jeunes filles. Nous faisons en sorte que la communauté comprenne que la fille a les mêmes droits d’aller à l’école que le garçon», précise le point focal de la SCOFI.

Pour les responsables de la Direction départementale de la promotion de la femme et de la protection de l’enfant, la situation la scolarisation de la jeune fille est stable au niveau de la région de Diffa. Au cours de cette année, une vingtaine de tentatives de mariage a été enregistrée au niveau départemental, dont 10 mariages d’enfants avec menace. Parmi ces tentatives de mariage, une dizaine de mariage a été déjà consommée. «La scolarisation de la jeune fille est abordable à notre niveau, grâce aux efforts de l’Etat du Niger et ses partenaires. Mais dans les zones rurales le mariage des enfants est fréquent. Dans le cadre de notre mission, nous avons quelques filles victimes de mariages précoces. Il y a des gens qui menacent même les enfants. Même quand le mariage est consommé et que les conditions ne permettent pas à la fille de repartir à l’école nous allons faire en sorte qu’elle retourne dans les écoles professionnelles et les centres de formation professionnelle. Quand un cas de mariage d’enfant arrive, nous sommes les premiers à être alertés avec les membres du comité de protection», a dit Mme Mahamadou Fati Garba représentante de la direction départementale de la promotion de la femme et de la protection de l’enfant et communicatrice pour un changement de comportement.

Les acteurs du système éducatif apprécient l’intervention de l’UNICEF et des autres ONGs

La directrice de l’école de Awaridi, Mme Fana Manoula, le président du COGES, etc. apprécient positivement l’intervention de l’UNICEF et des autres ONGs dans leur zone en général et à l’école Awaridi en particulier. La directrice de l’école Awaridi, a formulé des doléances à l’endroit de l’Etat et ses partenaires afin de favoriser et d’encourager les jeunes filles de sa localité. Parmi ces doléances on peut citer, l’implication de tous les acteurs, principalement les acteurs communautaires pour assurer un avenir meilleur aux jeunes filles en particulier et les enfants de la région de Diffa en général, la clôture de son école, la construction des classes, la dotation en tables bancs, et des tableaux mobiles, la construction d’une cuisine et d’un magasin pour le stockage des vivres de la cantine scolaire, la construction des latrines supplémentaires, le recrutement d’un gardien, etc.

«Nous demandons à l’UNICEF d’octroyer la prime de motivation aux enseignants, comme ils ont l’habitude de le faire l’année passée. Nous demandons à ce que cette motivation soit reconduite. Nous demandons toujours à l’UNICEF d’appuyer le COGES et les différents comités qui travaillent pour le retour des enfants victimes de mariage précoce dans le cycle scolaire normal, etc.», a plaidé la directrice de l’école Awaridi.

Rappelons que l’école Awaridi est une école primaire à Diffa créée en octobre 2007. Aujourd’hui l’école Awaridi compte un effectif total de 922 élèves dont 594 filles. Dans cet établissement, l’UNICEF a déjà mené plusieurs actions, dont la dotation d’un robinet, la construction des classes d’urgence, des appuis en fournitures scolaires, la prise en charge des primes d’encouragement pour les enseignants, etc.

Par Abdoul-Aziz Ibrahim Souley, Envoyé spécial

12 novembre 2020

Source : http://www.lesahel.org/