Editorial / Marcher avec le peuple… : Par Elhadj Omar CISSE

Comment peut-on diriger quand on ne connait pas son peuple, quand on ne sait pas l’écouter, quand on ne connait pas ses problèmes et surtout quand on ne sait pas s’approcher de ce peuple-là ? L’homme qui prétend avoir réussi la première alternance pacifique mais qui a laissé de graves malaises et de profondes colères se fermenter dans notre société, celui-là même qui, en d’autres temps, dans les contraintes de son socialisme contrefait, prétendait avoir marché dans tous les villages nigériens avant qu’un certain Issa Lémine ne démente cette prétention, une fois au pouvoir, s’est éloigné de ce peuple et du socialisme, et il pouvait même ériger des murs grands pour se séparer de son peuple, se barricadant derrière des chars dans les peurs nouvelles qu’il a vis-à-vis de ce peuple pourtant bienveillant. Pourquoi pouvait-il tant s’effrayer du peuple ? Peut-il avoir conscience d’avoir fait trop de mal pour craindre quelques représailles et pour s’en mettre à l’abri faire planer pendant dix ans une terreur et une certaine paranoïa sur le pays ? Il n’est qu’assez curieux de constater que c’est l’homme qui ne pouvait pas se prévaloir d’aucun ancrage dans ce peuple – c’est du moins dans son parti même qu’on dit qu’il n’aurait pas de fief dans le pays pour ne se servir que de celui trafiqué de l’ami – qui fait mieux corps avec le peuple, allant, sans protocole particulier et sans préjugé et sans grand bruit aussi, à la rencontre de ses concitoyens pour prendre langue avec lui, de manière tout à fait décomplexée.

Depuis son arrivée au pouvoir, il y a plus de quatre mois maintenant, le président multiplie les contacts avec les Nigériens, allant d’une région à une autre, en fonction des urgences. L’action répare des blessures, soigne et panse des plaies que le corps social a portées pendant ces dix dernières années par une gouvernance vexatoire de la part d’hommes qui ont cru qu’ils ont conquis le Niger pour en faire leur bien personnel, déniant à d’autres de le posséder, d’y avoir leur place. C’est donc dans la grandeur qui a manqué ailleurs que le nouveau magistrat suprême gouverne, conduit les hommes, « répare » un pays malade. Cela fait des années que les Nigériens n’ont plus un président qui les écoute et qui peut donner au moins l’impression de se préoccuper de leurs conditions, difficiles par le terrorisme ambiant qui affecté leur vie, par la Covid 19 qui a ralenti l’activité économique, par la politique qui a divisé, exclu et cultivé des haines inutiles.

Que ceux qui en souffrent soient stoïques à supporter la bonne presse que peut avoir le successeur de leur champion qui a forcé à s’imposer, en vain, des épopées imméritées avec des titres pompeux et vides de « champion » en tout genre. Dans la compréhension de ce qui l’aura éloigné du peuple et de ses aspirations, sans doute que son successeur a tiré des leçons pour choisir de gouverner différemment de sorte à être en phase avec le peuple qui peut aujourd’hui apprécier son style, et l’autre homme qui se cache derrière celui, controversé, qu’ils ont jusqu’ici connu. Enfin, ils peuvent mieux connaitre l’homme.

Les Nigériens, aujourd’hui, excepté les aigris qui souffrent des comparaisons, dans leur ensemble, apprécient son cheminement avec le peuple qu’il rencontre au coeur de ses douleurs pour apaiser ses ressentiments et tempérer ses ardeurs. Qui n’a pas aimé cette belle image, pas dans le confort, le luxe des grands palais, mais à l’air libre, dans cet espace de la mairie de Sara-Koira, au milieu d’aires champêtres, où, se confondant au peuple auquel il rend visite, il donne sa conférence de presse, sans protocole particulier dans la grande simplicité qui caractérise le socialiste, homme du peuple. Qui pouvait imaginer une telle scène de la part de ces politiciens de notre temps qui aiment tant les apparences, le bling-bling, la mondanité, la luxure, l’extravagance, fêtant même sur nos deuils et nos douleurs.

C’est un homme humble qu’on voit dans le peuple. Il a surpris jusque parmi ses adversaires les plus irréductibles. Les Nigériens ont le droit d’aimer cette façon de considérer le pouvoir pour souvent, se mettre au même niveau du peuple. Pour lui donner la parole. Pour l’écouter. Pour l’entendre. Pour être solidaire avec lui et compatir à sa détresse.

Et regarder ensemble. Le pays et ses douleurs. Les hommes et leurs souffrances.

Et il l’a dit : « Nous allions nous occuper de vos problèmes ». Le peuple ne demande pas mieux. Avoir cette humilité, c’est savoir marcher avec le peuple. Pour l’aider à croire. A rêver surtout.

Oui, peut-être qu’un temps est en train de changer. Rendons possible l’impossible. Rendons possibles nos rêves avortés.

Et dans ces espaces que l’homme qui cherche avec le peuple laboure, semons les graines de l’espérances et de la tolérance politique. Semons les graines de l’amour car les coeurs en sont déserts, vides d’humanité. Apprenons à nous aimer. Apprenons à aimer ce pays qui n’a que trop souffert de nos caprices et de nos intolérances. De nos extrémismes aussi.

Changeons pour ouvrir à l’avenir des voies nouvelles. Laissons le ciel porter ses étoiles, son soleil, ses lumières. Pour éclairer le monde.

Et nos rêves…

Par Elhadj Omar CISSE