Corruption et les scandales financiers : Issoufou Mahamadou, le parrain désabusé

L'ancien président de la République, Issoufou Mahamadou, n'a pas attendu longtemps pour se désillusionner totalement sur ses capacités à imposer sa logique de gouvernance à son successeur. La raison ? Le fossé entre les deux hommes est énorme sur la question de la corruption. Le premier s'est érigé en véritable parrain pour les délinquants économiques tandis que le second entend les combattre sans faiblesse. L'affaire Ibou Karadjé a mis en évidence cette dichotomie dormante. L'enjeu est de taille et ne laisse deviner aucune concession de part et d'autre. Pendant 10 ans, Issoufou Mahamadou s'est dressé en parrain et protecteur pour de présumés auteurs de graves malversations. Toute dédiée à la corruption et aux détournements des deniers et biens publics, la gouvernance d'Issoufou Mahamadou est l'incarnation du propos prémonitoire de Kountché, en 1977 : " Pendant ce temps, a-t-il dit, on fait la part belle à quelques privilégiés pour qu'ils se servent eux-mêmes au lieu de servir la nation, on tient cour avec des intrigants et autres délateurs de tout poil qui se font appeler commerçants, hommes d'affaires, chefs d'entreprises, marabouts ou prophètes, et qui en profitent pour gruger le peuple et ajouter impunément à la confusion. On couvre des fonctionnaires véreux pour qu'ils trafiquent tant et plus dans leurs fonctions. En un mot, on ferme les yeux pour que certains fassent prospérer leurs affaires, rien que leurs affaires et dans leur seul intérêt ".

Retour sur quelques affaires scabreuses évoquées pour rappeler qui a été Issoufou Mahamadou pour le Niger.

Affaire Soraz

Alors que les colonels des douanes Bruno Fassimou, Mounkaïla Adamou et Yahaya Tobil Maïguizo sont déférés à la Maison d'arrêt de Niamey où ils étaient détenus, Issaka Assoumane, le directeur général des douanes à l'époque des faits, n'a jamais été inquiété. Pourtant, le rapport d'enquête de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia) l'épingle sans ambiguïté comme étant le principal commanditaire et bénéficiaire des malversations commises.

Le gendre d'Issaka Assoumane, selon les deux procès-verbaux de vente et le rapport y afférent, aurait bénéficié de privilèges exceptionnels pour acquérir des groupes électrogènes à 200 000 FCFA l'unité qu'il aurait revendus à 15 000 000 FCFA l'unité. Une affaire dont il a dû tirer une belle fortune ! Le rapport de la Halcia incrimine directement Issaka Assoumane comme étant celui qui a recommandé son beau-fils auprès de services régionaux afin qu'on lui fasse les "facilités attendues".

Suite à la révélation de cette affaire, Issaka Assoumane, le secrétaire aux relations avec le patronat du Pnds Tareyya, est limogé. Mais, surprise, Mahamadou Issoufou va faire obstacle à la procédure judiciaire en nommant l'intéressé en qualité de conseiller à la présidence, avec rang et avantages de ministre. Une consécration rocambolesque pour un homme soupçonné de graves malversations et dont les comptes bancaires ont déjà été bloqués par mesure conservatoire par la Halcia.

Outre un député du nom de Chapiou qui a été interpellé mais rapidement laissé tranquille, Issaka Assoumane, que la justice attendra longtemps avant d'entendre, tous les caïds, politiciens et autres bandits trempés dans l'affaire, courent toujours, libres, confiants et tranquilles. En attendant le retour de la manivelle ! Dans cette affaire, c'est tout de même des matériels d'une valeur estimée à plus de six milliards qui ont été frauduleusement soustraits du patrimoine de l'Etat.

Affaire de l'aide alimentaire pakistanaise

Alors que des millions de Nigériens étaient, en mars 2016, dans l'attente d'une assistance alimentaire et nutritionnelle, des individus, abusant de leurs fonctions, ont détourné et vendu à leurs profits personnels 15000 tonnes de riz d'une aide alimentaire offerte par le Pakistan. C'était, précisément, selon la Cellule de Coordination Humanitaire, deux millions de Nigériens qui avaient besoin d´une aide alimentaire, 1,9 million d'une aide nutritionnelle tandis que 428 000 migrants, réfugiés, déplacés, retournés et familles hôtes vulnérables avaient également besoin d'une forme d'assistance humanitaire. En outre, le nombre de personnes qui risquaient d'être affectées par les épidémies était estimé à 24 000 tandis que les potentielles victimes des inondations étaient entrevues dans l'ordre de 105 000. C'est cette situation préoccupante à plus d'un titre que le gouvernement d'Issoufou Mahamadou a saisie comme alibi pour solliciter auprès de pays amis une aide alimentaire. Une aide alimentaire, disent les autorités nigériennes, destinée à " améliorer les conditions de vie des victimes des attaques terroristes de la secte Boko Haram et des ménages en insécurité alimentaire ". La République islamique du Pakistan a entendu ce vrai-faux cri du coeur des autorités nigériennes et a mis à la disposition du Niger 15 000 tonnes de super riz basmati. Ce riz sera convoyé par le Pakistan jusqu'au port de Cotonou où il est livré au Niger à travers la personne du directeur général de l'OPVN [Ndlr : Office des produits vivriers du Niger] à l'époque des faits, Alassane Souleymane.

Arrivées au port de Cotonou le 14 février 2016, les 15 000 tonnes de riz sont déchargées et stockées dans deux magasins. Le 4 mai 2016, en pleine période de soudure [Ndlr : période difficile où le grain manque pour vivre jusqu'aux prochaines récoltes], 5000 tonnes de cette aide alimentaire sont bazardées à la société Difezi et Fils, une société anonyme à responsabilité limitée sise à Cotonou, au Bénin.

Ce riz a été vendu grâce à l'intermédiation d'une société dénommée MZK traders dont le directeur général est un certain Khalid Mehmood Khan, en possession d'un passeport nigérien, qui agissait pour le compte de l'État du Niger. Cette mission lui a valu une coquette fortune : 150 millions de francs CFA empochés pour avoir servi d'intermédiaire dans cette transaction frauduleuse. Au lieu de sauver des vies, le sorgho, comme dirait feu Kountché, a été détourné et vendu.

Les 5000 tonnes de super basmati ont été vendues mais les revenus tirés de la vente, 1 milliard 150 millions, ont pris une autre destination. Outre les 150 millions qui sont tombés dans l'escarcelle de Khan, d'autres montants, notamment 24 500 000 FCFCA et 38 millions ont été affectés à d'autres personnes de la chaîne de vente. Le reste, soit 737 500 000 FCFA, a été viré dans un compte de la Bsic, à Cotonou. Transféré plus tard à Ecobank Cotonou, ce montant, visiblement la part du lion, a été encaissé dans une agence Ecobank de Niamey, située en face du portail central de la Sonuci [Ndlr : Société nigérienne d'urbanisme et de crédit immobilier].

Les fondations Tatali Iyali [ndlr : fondation de Malika issoufou Mahamadou] et Al-Noor Globaux, totalement inconnue des milieux humanitaires au Niger, recevront une quantité de ce don destiné aux populations en proie à l'insécurité alimentaire et aux exactions de Boko Haram. Selon toute vraisemblance, la fondation Al-Noor Globaux une fondation-écran visant à capter, pour des fins inavouables mais assurément détestables, s'est vu remettre une bonne partie, sinon la totalité des 10 000 tonnes de super riz basmati qui restaient au compteur après la vente expresse des 5000 tonnes. Malika Issoufou a déjà été citée dans maintes affaires sulfureuses, notamment l'affaire des fraudes au concours d'entrée à la Fonction publique au titre du ministère de la Santé. Quelle quantité a-t-on cédé à la fondation TataliIyali de Malika Issoufou ? A-t-elle aussi vendu pour réaliser des bénéfices en achetant du riz 5% totalement inconnue des milieux humanitaires au Niger ?

Contentieux avec Africard Le contentieux État du Niger- Africard est un scandale qui traduit toute l'insouciance qui caractérise Issoufou Mahamadou par rapport aux deniers et biens publics du Niger. En mars 2012, par décision ministérielle, l'État du Niger annule de manière unilatéale un contrat attribué, en bonne et due forme, à une société dénommée Africard, spécialisée dans la confection de passeports biométriques. Malgré les conseils de collaborateurs avisés, le gouvernement d'Issoufou restera de marbre. Mohamed Moussa, responsable de la cellule Partenariat public-privé à l'époque des faits, a notamment adressé une note à Brigi Rafini pour lui souligner que, d'une part, le 13 octobre 2011, la loi portant régime général du contrat de partenariat public privé n'est pas opposable au tiers car diffusée au Journal officiel du 5 décembre 2011 ; d'autre part, qu'il serait préférable de considérer le marché signé le 13 octobre comme conforme et de renégocier le prix des passeports par voie d'avenant. Cette proposition, souligne-t-il, semble le meilleur compromis. La justice s'y mêlera, mais connaîtra le même échec retentissant. Saisie pour excès de pouvoir, la Cour d'Etat rend son verdict en faveur d'Africard. Et le 13 janvier 2013, l'arrêt de ladite cour a été notifié au ministre de l'Intérieur, auteur de la décision annulée et au Secrétaire général du gouvernement, le 29 janvier 2013. On le communiquera à Brigi Rafini, alors Premier ministre, mais cela n'aura pas servi à émousser l'ardeur du gouvernement d'Issoufou. Il persiste et signe si bien qu'Africard a fini par saisir la Cour de justice de l'Ohada et d'autres de compétence universelle.

Le comble dans cette histoire, c'est que, en fin juillet 2013, pour démentir le bruit faisant état de la saisie de l'avion présidentiel, Issoufou Mahamadou a dépêché une mission à Paris auprès d'Africard. Objectif : négocier et obtenir à tout prix la mainlevée de la saisie de l'avion présidentiel. Et lorsque, le 2 août, il a apporté son démenti officiel, c'est parce que feu Saïdou Sidibé et Gandou Zakara, entre autres, ont réussi leur mission délicate. À quel prix ? Au prix, notamment, d'une compromission de tous les biens meubles et immeubles du Niger à l'extérieur. Au terme de cet accord amiable, le Niger s'est engagé à verser un acompte de 3 300 000 euros, soit un plus de deux milliards de nos francs au plus tard le 20 août 2016 dans le compte 023456/002 au nom de Chadbourne&Parke LLP. Il renonce en plus à l'immunité d'exécution et accepte que cette renonciation à l'immunité d'exécution couvre toutes les catégories de biens listés dans cet accord amiable, quelle que soit leur date d'acquisition, c'est-à-dire qu'elle soit antérieure, concomitante ou postérieure à la signature de l'accord, soit le 30 juillet 2016.Une fois qu'il a retrouvé son avion, Issoufou Mahamadou en fera à sa tête et le Niger n'a pas honoré ses engagements du 20 août. Ce qui a conduit Africard à durcir sa position et à opérer de nouvelles saisies. À tous les échelons de justice, Africard remportera son procès. En fin de compte, après mille misères imposées au Niger, notamment la saisie de ses biens meubles et immeubles dans le monde, cette rupture abusive de contrat va coûter très cher au Niger qui a été contraint de verser à Africard quelques 22 milliards de francs CFA. L'histoire, elle, se chargera d'édifier les Nigériens sur les raisons de cet entêtement du gouvernement Issoufou. 

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