Hommage à Feue Hadjia Aïssata Moumouni

Vous comprenez sans doute mon émotion lorsque je dois parler de la défunte, une femme avec laquelle j’ai été très proche, tant du point de vue professionnel que sur le plan familial. Une femme pour laquelle j’ai beaucoup d’estime à tel point que toute ma famille et moi, l’appelions Hadjia-ministre.

Nos premiers contacts professionnels datent du début des années 80, précisément en 1981. Elle était alors Directrice du lycée Kassaï et moi, enseignante du même lycée. Plus tard, nous nous sommes retrouvées au ministère de l’Education nationale, elle, ministre, puis ministre d’Etat, moi, d’abord directrice de l’Enseignement secondaire général, puis Secrétaire générale.

En tant qu’enseignante d’abord… Hadjia n’’était pas seulement une enseignante, mais une éducatrice. En témoigne le vibrant hommage que j’ai reçu de ses anciennes élèves du lycéé kassaï à son endroit. En effet, elle a été le réceptacle des interrogations des filles qu’elle a accompagnées jour et nui, elle leur a tracé une voie et les a aidées à trouver un chemin de vie. Mme Moumouni est la figure référentielle de l’enseignement et de sa véritable mission. Elle a su, par ses compétences et son savoir-être crdibilisee et sublimé le métier d’enseignant. Nous pouvons à juste titre la considérer comme l’un des valeureux fantassins de l’Education. Transmettre le savoir, le savoir-faire, le savoir-être, en un mot, éduquer, c’était toute sa vie.

Feu Aïssata Moumouni était une femme qui se distingue d’abord par sa grande humilité, sa modestie, je dirais plutôt sa simplicité, tant dans son cadre de vie que dans ses relations sociales. En ma qualité de collaboratrice dans ses éminentes fonctions, je dirai que mme Moumouni était une femme de conviction. Nous avons compris avec elle, qu’il n’y a pas d’impossible ; que tout est possible et que l’important est de savoir ce qu’on veut et d’emprunter le chemin qu’il faut pour y parvenir.

Elle se distingue également par son sens des responsabilités, son amour du travail bien fait et sa rigueur, autant de valeurs qu’elle attendait de tous ses collaborateurs.

C’est dans cette logique qu’elle a conduit le processus d’élaboration et d’adoption de la toute première Loi d’orientation du système éducatif nigérien (LOSEN) en 1998 ; processus mené dans une approche inclusive et participative, c’està- dire qui a impliqué l’ensemble des acteurs de l’éducation, sans exception.

Une loi qui est toujours en vigueur, d’ailleurs, et qui traduit l’esprit visionnaire et l’engagement de Hadjia au service de l’école nigérienne.

C’était une dame ouverte d’esprit, généreuse et courageuse qui a su imprimer à la marche du ministère, dans un contexte particulièrement difficile, un leadership exceptionnel que lui reconnaissaient tous les acteurs de l’Education, services centraux, services déconcentrés, parents d’élèves, sundicats et partenaires techniques et financiers. Elle savait respectait l’autre et se faisait respecter. C’était une grande dame.

Sous la silhouette frêle mais altière, mme Moumouni était une femme forte, résolue, bref, une femme d’acier, un caractère bien trempé qui luia permis de servir sa vie durant dans de hautes instances de notre pays, avec une note tout à fait particulière pour la gente féminine souvent déshéritée.

Au plan social, c’était une dame extraordinaire, avec des qualités humaines que l’on retrouve rarement chez des personnes de son rang. Un exemple que je retiens parmi tant d’autres, au niveau de l’établissement qu’elle a fondé, le lycée Kouara, chaque année, Hadjia assurait à plusieurs enfants de familles modestes la gratuité de la scolarité jusqu’à la fin de leur cursus scolaire.

Hadjia était d’une sagesse confondante. Elle reste pour nous un modèle. C’est pour cette belle personne, cette belle âme que j’implore, que nous implorons à l’unisson, le Tout Puissant pour qu’il lui fasse miséricorde et l’accueille dans son Paradis éternel. Amine ya rabbi.

Qu’elle repose en paix ainsi que son défunt époux, le Professeur Abdou Moumouni.

Que le Tout Puissant soit le Guide éternel pour sa descendance et qu’il nous donne la force de supporter son absence ! Amine ya Allah.

Hadjia Adiza Hima, ancienne secrétaire générale
du ministère de l’Education nationale
sous Hadjia Aïssata Moumouni


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C’était une dame extraordinaire, faite de simplicité, de dignité et de respect pour son prochain. Celle qui vient de nous quitter était également la générosité personnifiée, la grandeur d’âme et la foi, telle que son Créateur, le Très Haut, l’aime chez ses créatures, c’est-à-dire sans jamais magnifier ses mérites et s’en glorifier. Feue Aîssata Moumouni était tout un symbole ! Un symbole de la vie en communauté tel que le recommande Celui auprès duquel elle est, aujourd’hui, rappelée ; un symbole de la vie en communauté ; un symbole de ce que chacun de nous aspire à être mais auquel très peu d’entre nous accèdent : le don de soi, sur fond d’humilité et de croyance absolue en Dieu.

Attachée de presse de cette grande dame à qui le Niger doit sa toute première loi d’orientation du système éducatif (LOSEN), j’ai été un proche collaborateur de la défunte. Elle était à la fois, pour moi, comme pour beaucoup d’autres, la ministre, puis la ministre d’Etat, et la mère. Tout est dans ce mot magique et il n’y a pas lieu de le décortiquer pour exposer, ici, tous les contours de ce que Hadjia a été pour moi. Je voudrais toutefois, à titre d’indice, indiquer qu’elle m’appelait affectueusement « mon fils » et demandait, à chaque fois qu’elle passait trois jours sans me voir, de lui chercher son fils disparu.

Hadjia ne connaît pas les à-peu-près, les approximations. Lorsqu’elle aime quelque chose, c’est toujours avec la conviction pleine et entière, jamais avec réserve. Ce qui, il faut le croire, ne lui enlève en rien sa perspicacité et sa justesse. Ses boubous, cousus et portés sans broderie ne lui enlevaient non plus son élégance altière. Chez elle, ce qu’on voit et ce qu’on découvre était UN. Sa sincérité, sa franchise, sa sensibilité presque maladive pour tout ce qui pourrait nuire à son pays et à ses intérêts, étaient connus de tous ceux qui ont eu l’occasion de l’approcher. D’où ce sentiment presque unanime, largement répandu jusque dans les milieux syndicaux, qu’elle reste une dame de fer dont la personnalité doit sans doute beaucoup au processus d’élaboration de la LOSEN.

Aujourd’hui, Hadjia nous a précédés auprès de notre Créateur et je ne peux qu’implorer Allah, le Tout Puissant, le Créateur des cieux et de la terre, de lui faire miséricorde et l’accueillir dans son Paradis éternel. Amine. Repose en paix, Hadjia.

MODI ALZOUMA


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«Pour ce qui me concerne Mme Moumouni était Directrice du lycée de jeunes filles quand j’y ai passé mon Bac. Elle avait une grande affection pour moi car il lui semblait avoir trouvé de la relève. J’étais bonne en mathématiques. Le destin étant ce qu’il est, je n’ai pas répondu à ses attentes. Elle ne m’en a pas voulu pour autant. Elle a continué à m’entourer de sa sollicitude et de ses bons conseils. Elle a été d’un soutien permanent tout le temps et chaque fois que de besoin. C’était une femme de conviction, une mère aimante, une grande combattante pour la cause des femmes et une figure nationale. Puisse Dieu la recevoir en son paradis éternel et lui accorder le Djannatoul Firdawss.

« Mme Moumouni Aïssata m’a tenue en tant directrice du lycée kassaï durant trois ans. À mon arrivée en seconde, il avait été décidé de faire un brassage des jeunes filles des différentes régions pour amener les unes et les autres à se découvrir, à se connaître et à s’accepter chacune dans sa diversité sociale, culturelle, ethnique et religieuse. Nous étions à l’internat avec Mme Danté (paix à son âme) comme surveillante et Maïnarem encore en vie) comme intendante. La tâche ne fut pas facile pour elles. Mais avec courage et détermination, Mme Moumouni et son équipe ont su nous amener à avoir l’amour du travail et nous ont conduit vers la réussite. Partout où je me rends, je rencontre une promotionnaire du lycée. Mme Moumouni nous a encadrées comme une mère et éducatrice. Nous la craignions et l’aimions aussi. Avec elle, pas de différence, nous sommes des filles, seule notre avenir comptait pour elle. Dieu merci nous sommes arrivées car l’encadrement y était. Je prie le Tout Puissant Allah pour qu’il lui fasse une place de choix dans les jardins de janatul firdaws. Puisse Dieu la récompenser pour tout ce dont elle nous a pourvues: détermination, courage, confiance, self contrôl, amour et respect de l’autre ».

« Mme Moumouni Aissata était directrice du lycée de jeunes filles quand j’y ai passé le bac également. C’était une dame formidable, très élégante dans la simplicité. Elle se comportait en véritable maman envers les élèves en restant toujours à leur écoute et en leur prodiguant les conseils nécessaires. De son côté peul, elle avait hérité la discrétion ». Assurément elle fut une GRANDE DAME ». « Les quatre grandes figures du kassaï: mme moumouni Aissata directlrice, mme Danté et mme abdou mainaram, surveillantes et mme Djibo Fatouma, intendante. j’étais à l’internat pendant trois années et étais suivie pour une cardiopathie. Mme moumouni veillait au respect de mon régime sans sel, me rendait visite régulièrement à l’hôpital lors de mes innombrables séjours. Elle a suivi mon dossier d’évacuation sanitaire allant jusqu’à soumettre mon cas au président Kountché. Je lui dois beaucoup. Elle est et restera toujours dans mes prières. Rest in peace ».

« Un autre aspect très important de sa vie est d’être restée directrice du lycée kassaï pendant des années. L’effectif annuel du kassaï était de plus de 600 jeunes filles. Plusieurs grandes figures féminines de l’administration nigérienne sont les fruits du kassaï. Certaines de nos premières dames l’ont eu comme directrice. Je peux citer au passage mme Aïssata issoufou, mme wanké nana mariama qui fut ma promotionnaire Elle a su nous encourager, nous motiver, nous inspirer. Puisse Allah lui accorder aljana firdaws .


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Mme Moumouni Aissata a été la première femme nigérienne à occuper un poste ministériel, sous deux régimes (Ali Saibou et Ibrahim Mainassara Baré) et aux trois grades (secrétaire d’Etat,ministre et ministre d’Etat).

1. Sous Ali Saibou :

  • Secrétaire d’Etat à la santé publique et aux affaires sociales, chargée de la condition féminine (décret n* 87-167/PCMS du 20 novembre 1987) ;
  • Ministre des affaires sociales et de la promotion de la femme (décret n* 89-04/PRN du 20 décembre 1989) ;
  • Ministre des affaires sociales et de la promotion de la femme (décret n* 90-88/PRN du 2 mars 1990) jusqu’à la conférence nationale de juillet 1991.

2. Sous Ibrahim Mainassara Baré

  • Ministre de l’éducation nationale (décret n* 96-02/PCSN du 1er février 1996) ;
  • Ministre de l’éducation nationale (décret n* 96-119/PCSN du 16 avril 1996) ;
  • Ministre de l’éducation nationale (décret n* 96-145/PCSN du 5 mai 1996) ;
  • Ministre de l’éducation nationale (décret n* 96-270/PRN du 23 août 1996) ;
  • Ministre d’État, ministre de l’éducation nationale (décret n* 96-486/PRN du 21 décembre 1996) ;
  • Ministre d’État, ministre de l’éducation nationale (décret n* 97-213/PRN du 13 juin 1997) ;
  • Ministre d’État, ministre de l’éducation nationale (décret n* 97-417/PRN du 1er décembre 1997) ;
  • Ministre d’État, ministre de l’éducation nationale (décret n* 98-398/PRN du 29 décembre 1998) jusqu’au coup d’État du 11 avril 1999.

Aboubakari Kio Koudizé