Coup de gueule : Quand la mendicité s’exporte, l’image du pays prend un coup

Depuis deux jours, un reportage réalisé par des médias sénégalais suscite des débats au sein de la communauté nationale où partisans et opposants au régime s’invectivent sur les causes de la mendicité à laquelle s’adonnent les Nigériens en dehors du pays.

Au-delà des appréciations subjectives et partisanes sur les causes de ce phénomène, il est pourtant possible de l’apprécier objectivement.La mendicité est, au fil des années, devenue une véritable préoccupation sociale. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer chaque matin, les hordes d’enfants, de personnes handicapées et même souvent de bras-valides bien portants qui arpentent les rues de la capitale pour, soit disant, chercher leur pitance quotidienne. Mosquées, pharmacies, hôpitaux, marchés, centres commerciaux, restaurants, feux optiques, lieux de cérémonies de baptême ou de mariage, même les morgues et les services n’échappent pas à l’assaut de ces mendiants.

Jadis pratiquée par les personnes en situation de handicap ou les talibés juste pour avoir de quoi manger, la mendicité est aujourd’hui devenue une sorte de business, une activité lucrative ‘’régulière’’ pour certaines personnes indélicates. Celles-ci quittent leurs terroirs pour, soit disant, raison de pauvreté ou de mauvaise campagne agricole, pour venir à Niamey, s’adonner à la mendicité. Certaines d’entre elles viennent avec des jeunes enfants (qu’elles prêtent ou louent auprès d’un frère, d’une sœur ou d’un voisin), qu’elles exposent à tous les dangers de la vie urbaine.

D’autres encore vont jusqu’à ‘’exporter’’ le phénomène au-delà des frontières. En Algérie, au Ghana, au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire et tout dernièrement à Dakar, il est bien connu de tous que la majorité des personnes qui s’adonnent à cette pratique partent du Niger.

Le phénomène s’est développé au vu et au su de tout le monde, y compris des autorités administratives, des leaders coutumiers et religieux et plus globalement de la société nigérienne. Si la responsabilité des pouvoirs publics est engagée pour n’avoir pas su appliquer avec rigueur la réglementation, il n’en demeure pas moins que la société nigérienne dans sa globalité est tout aussi responsable. Elle qui accepte, tolère et même encourage cette pratique dégradante. Quelques tentatives avaient été faites notamment à l’occasion de certains grands événements comme les jeux de la Francophonie en 2005 ou le Sommet de l’UA en 2019. Mais, c’était des actions conjoncturelles et sans aucun suivi.

Aujourd’hui, avec ce contingent de ‘’mendiants nigériens’’ à Dakar, c’est l’image du Niger qui est ternie.

Les explications approximatives données par celui qui s’est présenté comme étant le porte-parole de la bande soulèvent beaucoup de questions. Celle qui taraude le plus l’esprit de nombreux observateurs est de savoir avec quelles ressources, un individu qui se plaint de n’avoir pas à manger, a-t-il pu financer son voyage, de son Niger profond à la capitale sénégalaise? Il est évident que pour rallier Niamey à Dakar, il faut débourser des dizaines de milliers de FCFA.

Il est fort à craindre que cette ‘’nouvelle route de la mendicité’’ s’est développée à la suite des mesures restrictives prises ces dernières années par les autorités nigériennes et algériennes pour freiner la traversée du désert en direction de l’Algérie.

Quoiqu’il en soit, cette situation doit interpeller les autorités administratives, coutumières et religieuses sur l’ampleur que prend ce phénomène. Telle qu’elle est pratiquée actuellement un peu partout dans nos centres urbains et dans les capitales des autres pays de la région, la mendicité sort définitivement de son cadre religieux et même social. Elle traduit la cupidité de nombreuses personnes sans scrupule, cupides et avides de gain facile.

Toutefois, on ne peut pas non plus ignorer la précarité dans laquelle vivent de nombreuses autres personnes notamment dans les zones rurales, ces personnes qui, même si elles ont la volonté de s’en sortir dignement n’ont pas d’opportunités sur place. D’où la nécessité pour l’Etat d’investir davantage dans les zones rurales pour créer plus d’opportunités pour les populations afin de les fixer et leur éviter la tentation de céder à cette recherche de gain facile qu’est la mendicité.

 

 Siradji Sanda(onep)

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