Vente de pièces détachées à Niamey: Un secteur résilient en dépit des crises sanitaires et sécuritaires à travers le monde

Le Business autour des pièces de rechanges ou appelées pièces «détachées » et autres accessoires de motos et automobiles se développe de plus en plus au Niger en général et à Niamey tout particulièrement. Longtemps exercé et dominé par des étrangers, le business de vente des pièces détachées et accessoires automobiles intéresse ces derniers temps les nigériens qui ont embrassé cette activité. Elle permet de lutter contre le chômage à travers la création des petits emplois qui génèrent des revenus aux jeunes.

La vente de ces pièces détachées joue un grand rôle dans la mobilité des populations des zones urbaines, péri-urbaines et rurales. Depuis quelques années et avec le renforcement de la coopération économique avec la Chine continentale, mais avec des pays européens les nigériens se sont lancés dans ce commerce, permettant à d’autres dont des mécaniciens à installer leurs propres boutiques de vente de pièces détachées. Malgré la résilience prouvée du secteur qui s’autogère plus ou moins, les crises sanitaires et sécuritaires à travers le monde, la ontée subite du dollar face à l’euro, l’interdiction de circuler pour les motos dans plusieurs communes du Niger  la fiscalité, accentuent la pression sur ce business…   

Assis dans sa boutique qui est aussi le lieu de son atelier de réparation, M. Alassane Hamidou dit Lougbi affirme avoir entrepris la vente de pièces détachées pour la première fois en 1984, soit onze ans après avoir embrassé le métier de réparateur de motos à Niamey. « J’ai suspendu la vente pour me consacrer à mes contrats de réparations et de maintenance avec des programmes et projets. A un moment, ces partenaires m’ont informé très tôt de l’arrêt des contrats. Ce qui m’a permis de préparer ma reconversion et de revenir dans la vente de pièces détachées, encore une fois », s’empresse-t-il de souligner pour expliquer son retrait provisoire de ce commerce et son retour avec plus d’assurance. Il a initié ses frères, ses neveus et certains de ses fils dans ce business qu’il chérit tant.

Cet homme dont les qualités de réparateurs de motos et de formateurs sont reconnues au Niger, au Burkina Faso, est aujourd’hui à la tête de l’Association des Réparateurs de Motos du Niger (ARMN), une structure qu’il a créée avec de jeunes réparateurs pour restructurer et assainir le secteur. Avec la venue des entrepreneurs nigériens dans l’import et l’export des pièces détachées de motos, ces réparateurs sont devenus avec le temps l’un des meilleurs clients semi-grossistes » dans le milieu. « Au début, quand on avait commencé, la vente des pièces détachées rapportait un revenu convenable. Mais ces derniers temps, tout est devenu cher. Il n’y a pas plus de marge bénéficiaire », déclare le vieux Lougbi, assis au milieu de centaines de pièces détachées de motos soigneusement rangées sur de solides étagères. Aujourd’hui, poursuit-il, les motos sont plus nombreuses que par le passé avec beaucoup plus de réparateurs qui exercent et de pièces détachées sur le marché. Mais, il faut savoir quoi vendre pour ne pas se retrouver éternellement avec des stocks sur les bras. Selon ses explications les produits les plus vendus sont les pistons, les pneus et les chambres à air, les cylindres, les vilebrequins, et les plateaux de chaine. « En cette période d’hivernage, dit-il, ce sont les phares et les compteurs qui se vendent le plus car les motos tombent fréquemment ; les huiles de moteur, les cylindres, les vilebrequins, et les disques d’embrayage se vendent mieux pendant la saison chaude ».

Elhadj Sofiane Tahirou, un importateur de pièces détachées confirme le rôle de premier plan que jouent les réparateurs dans le développement de ce commerce, surtout à Niamey et réfute les accusations qui imputaient la cherté des pièces aux détaillants. Les importateurs, précise-t-il, achète les pièces à un prix exorbitant dès la source, c’est-à-dire à partir des cités industrielles de la Chine continentale. Une inflation, à en croire ses propos, liée aux différentes crises mondiales qui se succèdent depuis trois (3) ans aujourd’hui. « En Chine déjà, fait-il savoir, le plastique et le fer qui sont les principaux composants de la fabrication des pièces détachées, connaissent une augmentation des prix, la montée du dollar face à l’euro a aussi renforcé la devise chinoise face au CFA et le transport de marchandises est devenu sensiblement cher ces derniers temps. Tous ces facteurs combinés font que les pièces détachées des motos deviennent plus chères ».

De nouvelles complications menacent d’annihiler les acquis du secteur

Cela fait aujourd’hui sept (7) ans que Elhadj Sofiane Tahirou importe des pièces détachées fabriquées essentiellement à Guangzhou, en Chine. Bien avant de s’essayer à l’international, il importait ces mêmes pièces à partir des pays limitrophes du Niger que sont le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria. Il explique que les pièces détachées quittent la Chine dans des conteneurs pour rejoindre par bateaux les ports de Lomé et de Cotonou, avant de rejoindre Niamey par voie terrestre. Les commandes se font en fonction de l’écoulement des stocks au Niger, contrairement à d’autres importateurs qui disposent d’un monopole pour l’importation de certaines marques de pièces détachées et qui pouvaient compter sur le soutien de firmes plus grandes.

Pour Elhadj Sofiane Tahirou, les difficultés que vivent les importateurs nigériens dans les ports de la sous-région et l’impraticabilité de certaines routes pour cause d’insécurité, incitent de plus en plus de transporteurs à refuser de convoyer les conteneurs des importateurs de pièces détachées. « Notre voie d’importation favorite, se désole-t-il, était Lomé-Torodi en passant par Kantchari, au Burkina Faso. Cette voie n’est plus praticable actuellement à cause de l’insécurité, ce qui fait que même en Afrique, le transport est devenu plus cher ». Avec ces problèmes couplés à l’augmentation des frais de dédouanement, il dit ne pas être surpris que le prix final des pièces détachées augmente.

Un autre « grand problème » que soulève le jeune importateur est l’effet désastreux de l’insécurité sur la libre circulation des engins à deux (2) roues et des rafles de motos dans les grandes villes. Dans plusieurs départements et communes, rappelle-t-il, les autorités ont interdit la circulation des motos à cause de l’insécurité, alors même que « les plus gros consommateurs de pièces détachées » se retrouvent désormais dans ces zones rouges, sans possibilité d’utiliser leurs moyens de déplacement. Aussi, poursuit-il, les rafles de la Police « ont fait en sorte que presque toutes les vieilles motos de Niamey sont saisies et se retrouvent gardées dans les différents commissariats de la Capitale, amputant de nouveau les vendeurs de pièces détachées d’une autre partie de ses sources de revenus».

Mais le plus grand défis des importateurs de pièces détachées au Niger est lié aujourd’hui aux reformes financières que les autorités chinoises ont entreprises. Il y’a encore peu de temps, les transactions étaient basées sur la confiance et se faisaient selon un système intermédiaire « ni-formel, ni-informel ». Des correspondants recevaient dans des comptes dédiés les payements des importateurs nigériens et effectuaient les commandes en leurs noms moyennant une petite commission. Le taux de change était convenu d’avance et était le meilleur du marché. « L’Etat Chinois a fermé ses comptes et nous devons utiliser des comptes bancaires réguliers, avec leurs corolaires de taxes. En plus, cela peut prendre jusqu’à deux (2) semaines quelques fois pour confirmer un transfert alors qu’avant c’était presque instantané », révèle Elhadj Sofiane.

Les autorités sollicitées pour la pérennité secteur

Les propriétaires des boutiques de revente des pièces détachées de motos, majoritairement des réparateurs, et les importateurs regrettent le manque de soutien des autorités pour soutenir un secteur qui participe à l’employabilité des jeunes au Niger. « Pendant les différentes crises de ces dernières années, l’Etat, à travers des subventions et des réductions de taxes, a permis à plusieurs secteurs de l’économie de ne pas sombrer. Pour notre part, jusqu’à présent nous n’avons pas eu le soutien de l’Etat, ce qui constitue pour nous une rupture d’égalité des citoyens », déplore Elhadj Sofiane Tahirou.

Il est plus que temps, dit-il, que l’Etat se ressaisisse et contribue positivement à l’essor de cette filière très porteuse pour l’économie nationale car, il connait mieux les importateurs « les voies et moyens adaptés pour nous venir en aide ». Il sollicite également l’Etat « pour revoir à la baisse le dédouanement des pièces détachées neuves et aussi pour trouver un mécanisme à même de faciliter le transport de marchandises ».

Pour le président de l’Association des Réparateurs de Motos du Niger, M. Alassane Hamidou dit Lougbi, la résolution des problèmes d’importations ne peut pas, à elle seule, mettre définitivement fin à la flambée des prix des pièces détachées de motos. « L’inflation sur les prix est due à ce qu’en cas de rupture, les premiers à amener le produit concerné augmentent les prix qui ne redescendent plus une fois que le marché est totalement ravitaillé, dit-il. C’était ce qui a amené les premières flambées des prix et aujourd’hui, la situation mondiale s’y est mêlée », soutient-il.

Le vieux Lougbi, qualifié de « nationaliste fier » par la centaine de réparateurs qu’il a formée gratuitement, plaide pour une production locale des pièces les plus demandées pour ravitailler constamment le marché national et avoir ainsi un contrôle efficace sur les prix qui seront naturellement revus à la baisse. Il regrette que le Niger, qui était bien parti pour fabriquer localement ses pièces détachées, ait laissé les techniciens qu’il a formés sombrer dans le désœuvrement total au point de se reconvertir dans d’autres secteurs.

Souleymane Yahaya(onep)

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